qui reçoit un trophée lors d'un KUNDE est déjà réconforté parce que c'est une manière de lui reconnaître un mérite pour son travail bien fait. C'est vraiment très encourageant et à féliciter.
Art : Cela fait des années que vous êtes maintenant installé à votre compte. Quelles sont les matières premières que vous utilisées ?
PATHE'O : Je peux dire que c'est à base de matières locales. Je peux prendre par exemple du voile blanc et je le fais teindre pour obtenir des couleurs personnalisées. Il y a des femmes que j'ai regroupées pour faire mes tissages et mes batiks dans toutes les matières et les couleurs de leur goût. C'est à partir de cette étape, que je crée mes modèles.

Art : Quelles sont les coupes que vous faites ?
PATHE'O : Je suis mixte. J'habille les Chefs d'Etat; Nelson Mandela par exemple, Mme Compaoré apprécie ce qu'on fait et s'habille chez nous. C'est connu. Ce n'est pas finalement l'objectif mais ce sont de grandes personnalités qui sont très médiatisées et c'est en cela que la griffe Pathé'O trouve bien son compte; c'est une bonne publicité pour nous.
Art : Des clients de taille comme Nelson Mandela, Madame Chantal COMPAORE, est-ce toujours facile de leur trouver des modèles qui conviennent. Vos propositions sont-elles toujours acceptés ?
PATHE'O : C'est notre métier ! Vous savez, le vêtement est le meilleur messager. Quand on est créateur, le choix n'est pas difficile. D'ailleurs, pour cette catégorie de clientèle, c'est nous qui faisons la proposition et non l'inverse. Seulement, quand on des clients d'un certain gabarit, il y a une erreur à ne pas commettre. C'est d'éviter de créer les mêmes modèles communs à plusieurs personnes ou pour les mêmes personnes.
Art : Il y a un engouement pour la production locale surtout pour la franche jeune qui a un goût bien prononcé pour vos modèles. Seulement, les prix ne sont toujours pas accessibles à toutes les bourses.
PATHE'O : Non ce n'est pas raisonnable ! Ce n'est pas juste dans la mesure où les mêmes personnes s'achètent des jeans de 60 000 frs CFA ( Euros), des paires de crêpes de 40 – 50 000 frs la paire, des tee shirts et des ceintures dont les prix avoisinent les 15 000 à 30 000 frs CFA. Chez Pathé'O, nos prix sont moins que ça. Je crois que c'est une question d'information et de choix. Une chemise importée d'Asie par exemple vous couterait entre 3 500 et 4 000 frs. Par contre, un beau tissu couterait au marché local entre 3 000 le mètre. Ce qui veut dire que pour une chemise manche longue, vous aurez le tissu à 6000 frs sans le prix de la couture. Si vous comptabiliser les frais d'électricité, la main d'œuvre, les impôts, la location, les boutons et les autres fils à utiliser, c'est une chemise que vous finirez entre 13 000 à 15 000 frs. CFA. Finalement, combien allez-vous revendre pour espérer une petite marge bénéficiaire. Pire, si la chemise séjourne deux semaines dans votre atelier, elle vous coûtera encore plus chère du fait de l'entretien. Vous voyez que c'est un ensemble de choses qui rentre en considération.
Art : Bien que les efforts des stylistes pour encourager le port des produits locaux, nous avons toujours tendance à nous tourner vers l'occident. Comment faire pour inciter le public à consommer la production locale ?
PATHE'O : Bon ! C'est quelque chose qu'on ne peut pas décréter et comme on ne peut pas décréter le port des tenues locales, il importe que nous-mêmes créateurs, fassions un effort pour proposer des produits acceptables, de qualité de sorte à attirer le public. Aujourd'hui, nous sommes dans un marché ouvert à toutes les propositions et dans un tel contexte, il nous appartient de créer et de proposer. N'allons pas loin pour incriminer qui que se soit. La faute n'est pas ailleurs, mais elle vient de nous même dans la mesure où nous n'avons rien proposé et qui fut rejeté. Quand on dit que les autorités doivent donner l'exemple pour encourager la production locale, ce n'est pas vrai ; qu'avons-nous proposé de bon et de qualitatif à l'autorité.
Art : La junte féminine, particulièrement estime que c'est la croix et la bannière pour obtenir des spectacles. Souvent elles subissent des propositions des plus indécentes de la part des promoteurs (baisser le slip) avant d'avoir un spectacle. Comment changer une telle mentalité ?
PATHE'O : Je persiste et je signe. Il faudra que les Africains cessent de penser que leur destin se trouve dans la main de l'autre. Il faut qu'on évite de raisonner de la sorte. Quand j'échange par exemple avec un étudiant ou un ministre mais je traite chacun en égal; sans complexe d'infériorité ni de supériorité. Je ne dis pas qu'il est plus que moi ni l'inverse. La personne qui, apparemment vous semble la mieux nantie a peut-être plus de problème que vous. Vous exposez vos problèmes, la personne vous écoute mais en réalité, elle ne peut rien faire. Résultats, elle vous tourne en rond jusqu'à vous lasser.
Notre plus grande difficulté est le fait de ne pouvoir transformer nos produits sur place. Malgré que le Burkina soit l'un des premiers pays exportateur de coton, vous n'arriverez jamais à trouver à Ouaga du 100% coton. Il est exporté et transformé ailleurs si bien qu'il nous revient cher après transformation.
Pour ce qui est des difficultés à obtenir de spectacles, je crois qu'il faut avoir la confiance en soi-même. Si vous avez un talent, si vous vous battez réellement et que vous croyez en ce que vous faites, vous finirez par triompher. Ce n'est pas seulement dans le domaine de la mode qu'on rencontre ce genre de situation. L'esprit du "baisser le slip" pour avoir un spectacle est surtout dans la tête et il faut l'enlever de là. Mais si vous continuez de penser que votre destin se trouve dans les mains de ce monsieur qui tient à tout prix à baisser votre slip avant de vous donner le spectacle, alors vous êtes déjà mort ! je crois que les gens ont peur du long terme. Chacun veut arriver vite; comme on le dit en Côte d'Ivoire : " en même temps est mieux"; " tout prêt n'est pas loin". Prenez l'exemple sur la physiologie de l'être humain. De la naissance jusqu'à l'âge adulte, le développement se fait par étape. Il en est de même pour les métiers. Vous ne pouvez pas démarrer tout de suite un métier et vouloir être, en moins de cinq ans au sommet. C'est impossible ! Il faut éviter les solutions faciles sinon, combien de fois allez-vous continuer de "baisser le slip ? " … que deviendrez-vous le jour où vous ne pourrez plus le faire ? … et votre dignité, où la mettez-vous ?
Décembre 2010
|