Les Comédiennes fortunées ...
Glawdis ElianeSOME épouse Rouamba .
Il y a 10 ou 15 ans déjà, les artistes n’avaient pas bonne réputation. C’étaient des gens considérés comme des ratés de la société, des drogués, en un mot, une
catégorie de gens peu crédibles. Aujourd’hui, les choses vont de mieux en mieux et le regard de la société vis-à-vis de ces gens, change positivement parce que beaucoup d’entre eux ont prouvé dans leurs actes, que la musique, la comédie, la peinture ou le stylisme étaient des métiers comme celui de l’infirmier, du docteur ou de l’enseignant. Des métiers donc qui peuvent faire vivre !
Eliane ROUAMBA, fait partie de ceux-là; c'est à dire des artistes qui ont compris la nécessité d'investir malgré la modestie des moyens. Nous ne disons pas que tout a été rose pour elle, loin de là; mais tout n'a pas été non plus totalement noir.
Elle est une comédienne du même cabarit ou presque que la Lionne, notre invitée de la semaine dernière. INA, (c'est son nom d'artiste), est aujourd'hui rare sur les écrans de cinéma, mais on retient que c'est ce 7ème art qui l'a révélée au grand public . A l'instar de la Lionne, nous avons classé cette comédienne parmi les plus fortunées des comédiens du Burkina. Nous pensons qu'elle est un exemple qui confirme bien la thèse selon laquelle, on peut partir de rien ou des cachets (modestes) que nous offrent les réalisateurs pour arriver à ses fins. A ce sujet, voici ce qu'elle nous dit :
Je suis Eliane SOME, épouse ROUAMBA depuis 4 ans ; mère d'un petit garçon.

Artistebf : Vous avez précédemment travaillé à Média2000 avec la Réalisatrice Valerie KABORE. Depuis un certain temps les rumeurs ont circulé comme quoi vous vous êtes installée à votre propre compte. Pourquoi ce divorce ? Quelque chose n'a pas bien marché à Média2000 ?
INA : Bon ! Pour le divorce, on ne va pas rentrer dans l'hypocrisie et tout … Je retiens seulement que nous ne nous sommes pas entendu. c'est la raison pour laquelle, j'ai quitté Média2000. Mais nous avons tout de même gardé de bons rapports. Si vous voulez, le divorce est parti d’une incompréhension dans le cadre du travail.
| Tant qu’on ne va pas arrêter de recruter le comédien ou la comédienne parce que c’est mon cousin, ma petite nièce ou « ma ceci .. » ou « mon cela … », notre cinéma ne pourra pas se professionnaliser |
J’étais employée à Médiaé2000, en tant que commerciale, chargée des relations publiques.Malheureusement, la collaboration entre elle et moi, n’a jamais été des relations |
de patronne à employé ; au fil du temps, elle s’est beaucoup dégradée. C’était toujours la petite guéguerre entre nous. Avant même la sortie de la 2è saison du film INA, notre collaboration se portait déjà très mal au point que je n’ai plus jouer dans cette 2ème saison. Voilà un peu la raison pour laquelle je suis partie de Média2000.
Artistebf : Vous soutenez donc que ce n’est pas des difficultés financières qui vous a contraint à partir ?
INA : Non ! ça n’a pratiquement rien avoir parce que Média2000 est une agence de communication et ses activités sont plus orientées dans la production audiovisuelle. Or, la production audiovisuelle n'est pas tellement mon domaine. Je suis comédienne, c’est vrai, mais j’avoue que c’est par hasard que je suis venue au cinéma. Je travaillais d’abord dans une structure de la place avant d’être recrutée par Madame KABORE en qualité de communicatrice d’entreprise.
Artistebf : On ne vous voit plus à l’écran. De l'avis de certains, c'est Mr Rouamba , votre époux qui vous a retiré du circuit. Quel est votre avis ?
INA : C’est vrai que le cinéma au Burkina est très compliqué ; mais j’avoue que mon époux n’est pas contre le cinéma. Il n'a rien avoir avec mon absence sur les plateaux de tournage .

Artistebf : Il se pourrait qu'il soit peut-être jaloux ?
INA : Pas du tout ! C’est fini ça, il n’ a plus rien à craindre ! Ce moment est passé. (rires). C’est vrai qu’on ne me voit plus tellement au cinéma. Comme Je vous le dis, le métier de comédien est très compliqué au Burkina ; il y a trop de mystères, trop de « mic mac », . Il faut vraiment être courageux pour tenir longtemps dans ce domaine ; être toujours aux aguets et courir tout le temps derrière les réalisateurs pour décrocher des rôles par ci, par là.
Ensuite les informations sur les castings ne circulent pas. Ça, c’est un autre problème ! Pour
quelqu’un qui travaille déjà, qui veut former une famille et vivre sa vie de couple, c’est encore plus difficile. Peut-être que c’est le fait d’avoir choisi de me marier plus tôt ! comme le disait si bien un « Monsieur ». : « mais toi, pourquoi tu t’es empressée de marier si vite ? »
Enfin, il n’ y a rien de concret. Même quand on a une passion, il faut espérer que celle-ci vous nourrisse, que vos efforts pour cette passion vaillent vraiment la peine. Malheureusement, ce n’est toujours pas le cas pour bon nombre d’entre nous. A la limite, c’est le comédien dans tout ce processus qui est tourné au ridicule puisque c’est lui, à la fin du film, qui remercie le réalisateur de l'avoir retenu pour le tournage. Du n’importe quoi ! Je trouve que les choses ne devraient pas être comme ça parce que le comédien ou la comédienne apporte aussi un « PLUS » au film. Rien que pour ça, le réalisateur est redevable en partie au comédien. Malheureusement encore, ce n’est pas le cas dans notre contexte parce que le fait même d’être retenu est perçu par certains comme une chance au lieu d’un talent .

Artistebf : Que pensez-vous donc du métier de comédien?
INA : Le métier de comédien est très passionnant. C'est la première des choses qu'on retient et surtout, la reconnaissance du public à votre endroit. Le cinéma vous donne une grande popularité qui n’a pas en fait de prix. J'ai fait par exemple INA en 2004 et jusqu'aujourd'hui, les gens continuent de m’appeler la petite INA malgré le nombre de kilo (poids) que j’ai pris. Ça fait plaisir !. C’est vrai que le métier est mal payé mais le comédien a comme en compensation ce côté « popularité » et cette large audience auprès du public. Le véritable problème, c’est que les réalisateurs ne font pas du cinéma une industrie. Evidemment, cela n’étonne personne puisque la plupart des films sont subventionnés. Les réalisateurs ne se rendent donc pas compte de la nécessité de retenir le comédien qu’il faut au rôle qui sied. Si c’était leurs propres fonds qu’ils utilisaient pour réaliser les films, vous verrez qu’aucun réalisateur n’allait prendre le risque de recruter
un comédien amateur ou sur la base des affinités patrentales. Tant qu’on va toujours re- cruter le comédien ou la comédienne parce que |
Le couple ROUAMBA |
| c’est mon cousin, ma petite nièce ou « ma ceci .. » ou « mon cela … », notre cinéma ne pourra pas se profes- |
sionnaliser, encore moins en faire un métier. Si donc vous ne me voyez pas tellement à l’écran, c’est parce que tout simplement je suis convaincue que le bon talent ne court pas derrière les réalisateurs. Le bon talent est reconnu. Il n’appartient pas aux comédiens de jouer des pieds et des mains pour décrocher des rôles par ci, par là.
Franchement je ne peux pas dire que je n'ai plus envie de faire carrière dans le cinéma. Mais à travers la série INA, si un réalisateur pense que je peux lui être utile, tant mieux ! Je suis disponible. Mais à entendre certains de mes camarades parler de tout le boucan ou des tracasseries qui se font ou qu’ils subissent pour avoir un rôle dans les films, j’avoue que je suis dépassée. Et si c’est vraiment cela, je trouve que c’est domage parce que je n’aurai plus le temps à ça .
Artistebf : Tu n’es pas prête à aller faire le double jeu ?
INA : Non merci ! Je ne suis pas prête pour aller faire des promesses à quelqu’un, ni lui faire des courbettes. Ce que je lui demande, c’est de me permettre de lui montrer mes talents de comédienne afin de lui apporter un PLUS dans son film. Mais je ne voudrai pas qu’on me retienne parce que je lui fais pitié ou parce qu’il a appris que je traverse mille et une angoisses.
Artistebf : Parlez nous à présent du magazine « EMBLEME »
INA : "EMBLEME" c’est un magazine qui se veut être un magazine de mode, d’art et de culture. Aujourd’hui on a la mode qui se développe, on a beaucoup de grands stylistes comme Pathé’O, Bazem’sé qui, même sans avoir un support de communication à l’intérieur, sont cependant bien vendus à l’extérieur. C’est dommage qu’au Burkina, ces artistes sont peu connus et aucun magazine de divertissment pour l’instant n’est créé à cet effet. Donc, « EMBLEME » est venu pour combler ce vide et montrer l’autre côté caché de tous acteurs culturels que sont les stylistes, les artistes musiciens, les arts plastiques etc. Voilà ce qui m’a poussé à faire ce magasine qui se veut une vitrine d’expression où tout le monde trouvera son compte. Même ARTISTEBF a droit à une page dans le magasine « EMBLEM ». Cela fait une année que nous paraissons et nous sommes au 5ème numéro. Mais comme tout début, nous connaissons aussi des hauts et ses bas.
Artistebf : Le magasine coûte 1 300 frs CFA, ce qui n’est pas à la portée de la bourse du burkinabé moyen. Comment vous vous en sortez financièrement ?
INA : Pour le moment je ne peux rien dire ; mais je m’accroche. Vraiment je m’accroche. Pour être sincère, vous avez tenu des propos qui m’ont réconfortés. Vous ne vous êtes pas rendu compte mais c’est vraiment du baume au cœur que vous m’avez donné par vos paroles encourageantes. Il y a des moments, où on a vraiment peur et on se demande si ce qu’on fait en vaut vraiment la peine. Lorsque vous avez un projet et que vous y mettez toute votre énergie, toute votre force, votre courage, vous vous attendez à tirer grandement profit. Et si malgré tout, vous n’avez rien en retour, j’avoue que c’est décourageant et toute votre joie s’émousse. C’est vrai, il y a des parutions qui ont été bien vendues, mais franchement, je m’attendais encore à plus que ça.
Artistebf : Etes -vous certaine que les artistes au moins achètent le magazine ?
INA : Les artistes ne peuvent pas faire évoluer le magasine parce qu’on n'a pas beaucoup d’artistes au Burkina. Mais je pense que si les lecteurs s’intéressent aux artistes, cela devrait pouvoir aller. Par exemple, le magasine réalisé sur l’artiste musicienne « Wendy » a été un succès ; il a été bien vendu. Mais nous gardons bon espoir car pour l’instant, nous sommes en train de prospecter auprès des lecteurs et du grand public pour voir comment adapter le magazine à leur besoin.
Artistebf : On voit aussi de la publicité à la fin du journal, cela entre t-il dans le cadre du magasine ?
INA : On ne vit que de la publicité ! C’est difficile d’en avoir mais c’est elle qui nous fait vivre. Le principe est simple. Nous allons vers les entreprises et nous leur présentons notre magazine. La publicité des voitures que vous voyez en fin de page, vient de la structure de mon mari. Sur ses propositions, que nous sponsorisons une voiture chaque mois. Nous faisons ressortir tous les détails et les caractéristiques pour nos lecteurs .
Artistebf : Quel genre d’appui souhaiteriez-vous pour venir à bout de vos difficutés ?
INA : « EMBLEME » est une structure qui évolue sur fonds propres. C’est ça qui fait la véritable difficulté. Le fait même d’acheter « EMBLEME » est déjà un soutien. Et toute personne qui peut nous apporter une idée, une publicité, un soutien financier sera d’un précieux secours. Comme je le dis, c’est un rêve d’école et je ne connais pas encore les réalités du terrain. Aussi, tous ceux qui peuvent nous apporter conseils, sont les bienvenus.
Merci et bon courage à ce que vous faites.
Juillet 2011
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