Art : Dans le film « ma famille » vous incarnez le rôle d’une épouse soumise et bien éduquée. Ce rôle vous colle-t-il à la peau dans la réalité ?
A.D : Oh ! Naturellement, je suis plus gentille que dans le film, plus disponible, polie et plus courtoise aussi !
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Art : Si ce n’est pas indiscret, peut-t-on connaître votre statut matrimonial ?
A.D : ( Rires ) . Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants. Si un homme veut que je vienne vivre avec lui au Burkina, je le ferai sans hésiter. Pourquoi pas ? Je ne vais pas prétendre que je fais du cinéma et refuser de vivre au Burkina.
Vous savez, le Burkina à travers le FESPACO, nous rend tous malade. Seulement, je n’aime pas me déplacer lorsque je ne suis pas officiellement invitée. Les gens me le reprochent souvent et ne comprennent pas pourquoi je suis souvent absente à certaines Editions du FESPACO. C’est vrai ! Comme je vous le disais tantôt, il y a d’abord le fait que je ne reçois pas d’invitation officielle. Ensuite, je ne vois pas non plus la nécessité de faire un déplacement si mon film n’a pas retenu l’attention du Jury.
Dans la vie, il ne sert à rien de bouder ou de chercher des histoires là où il n’y en a pas !. Si tu es un élève, il faut étudier pour obtenir tous tes diplômes ; si tu chantes et que ton premier morceau n’a pas eu du succès, recompose un autre ; si tu fais du cinéma et que ton film n’a pas eu du succès, réfléchis et trouves autre chose pour qu’on te recherche. Dans la vie , c’est le travail qui compte. Quand on est lancé sur un chantier, il faut se fixer des objectifs à atteindre. Comme disait DOUG SAAGA, il faut se battre pour atteindre le sommet de l’Himalaya. Dans notre cas de figure, c’est le prix de l’Etalon de Yennega qui est le sommet de notre Himalaya et qu’il faut atteindre à tout prix. Il faut donc travailler dur pour y arriver ; car le FESPACO, c’est notre affaire. Et moi, je me battrai pour faire un autre film qui fera un « BOOM ».
Aujourd’hui, grâce à « ma famille », je suis connue un peu partout en Afrique de l’ouest comme en Afrique centrale. Quand j’arrive par exemple au Gabon ou au Congo, je suis accueillie en grande pompe, escorte comprise. La brigade anti-émeute et de nombreux journalistes sont mobilisés à l’aéroport pour m’accueillir..
Art : Vous êtes à Ouagadougou dans le cadre des Journées cinématographiques de la femme africaine, quel sens donnez-vous à cette journée ?
A.D : Je crois que cet espace tombe à point. Il faut d’abord que nous nous concertions entre femmes. Ensuite, nous pourrions décider de la stratégie à prendre afin que ces hommes nous prennent plus au sérieux. Ce matin je suis passée à la " Place des Cinéastes" et j’ai constaté qu’il n’y avait pas une seule colonne de l'Etalon d'or de Yennega réservée aux femmes. Vrai ou faux ? Est-ce que vous avez vu un monument de femme dedans ?. Par contre, j’ai pu voir la statue du papa et celle du fils : Sembène Ousmane et Idrissa OUEDRAOGO. (rires ) : Quand j’ai vu cela, je n’ai pas été très étonnée parce que je sais que nous ne pesons toujours pas assez dans la balance des hommes. Il faut donc que nous nous battions pour que le futur monument (le troisième) soit celui d’une femme. C’est pourquoi, j’invite toutes les femmes à se mettre à tue-tête comme une équipe de Rugby , coudes serrés, têtes enfouies entres les épaules et prêtes à foncer et à percer le mur des hommes …( rires)
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Photo: wikimedia.org
Les femmes veulent, comme des joueurs de Rugby foncer à tue-tête !...
Art : Le cinéma connaît des difficultés de financement, comment appréciez-vous cette situation ?
A.D : La crise financière est partout et générale. Ce n’est la faute à personne. Aujourd’hui, nos Etats sont essoufflés et nous ne pouvons pas leur demander mieux !. Il y a des secteurs prioritaires comme la santé et l’éducation qu’il faut d’abord satisfaire. Il est mieux que chacun mette en "stand by" ses projets en attendant des jours meilleurs. Comme je vous le disais, j’ai en projet un autre film « le secret d’Aguissi » qui est très coûteux et qui nécessite l’implication de gros sponsors. Mais faute de moyens, je suis obligée de continuer avec « ma famille », réaliser de courts métrages en attendant de faire mieux.
Pour terminer, je dirai tout simplement que je suis contente d’être au Burkina. La dernière fois, je m’amusais même à dire que je voulais me marier à un burkinabé. C’est dommage qu’il n’ait pas accepté. Je suis donc à nouveau célibataire. (rires).
Avis donc de vacance de poste et appel à candidature … !