Artistebf : Vous avez produit une chanson sur Nicolas SARKOZY. Quel était le message que vous avez voulu faire passer. ?

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ZEDESS : J'ai écrit une chanson sur Nicolas SARKOZY qui était encore ministre de l'intérieur pour critiquer sa politique de l'immigration choisie. J'avais estimé que sa politique était complètement insultante. La France a le droit d'accueillir ou de refuser les africains sur son territoire. Mais la France n'avait pas le droit de choisir les meilleurs africains comme au temps de l'esclavage où on choisissait les plus en forme et les plus costauds. Si au temps de l'esclavage, il fallait être costaud ou avoir de belles dents, maintenant dans ce siècle naissant, il s’agit d’avoir un gros cerveau c'est-à-dire être intelligent. En tant donc qu'intellectuel africain, il fallait que je réagisse parce qu'il est inconcevable que la raison vienne toujours du Nord. Mais je conviens parfaitement le fait que l'Afrique ait aussi sa part de responsabilité.
Artistebf : Pensez-vous que votre message a porté vraiment ?
ZEDESS : Oui évidemment ! Le message a fait le tour du monde. C'est pratiquement en 2006 que j'avais écrit cette chanson, précisément entre 7 et 8 mois avant les présidentielles françaises. La chanson a été écrite en novembre et SARKOZY a été élu en mai de l'année d'après. Il n'était pas encore candidat, ni investi pour représenter l'UMP. C'est très important de le préciser. Je n’ai donc pas écrit contre le président de France comme pourraient dire certaines langues mais j’ai simplement poussé un « coup de gueule contre SARKOZY en tant que ministre de l’intérieur à l’époque.
Artistebf : Il paraît que vous lui avez envoyé un CD pour information ?
ZEDESS : Non ! De toutes les façons il était au courant parce qu'à l'époque, la chanson avait circulé sur internet. C'était une chanson que j'avais écrite à mains levée ( une heure de temps) et que j'avais mise en téléchargement gratuit sur le net. Donc, ce n'était pas vraiment calculé. Aussi, il eut des reportages à ce sujet au journal de 20h sur France Soir, de 13h sur RTL et plein d'autres interviews sur les plus grosses chaînes de radios et de télé.
Artistebf : Puisque vous êtes à cheval entre Bruxelles et Ouagadougou, dites nous comment se porte la musique burkinabé à l'extérieur ?
ZEDESS : La musique burkinabé commence à aller de mieux en mieux. Mais c’est vraiment encore rien ! Je dis cela parce qu’il y a de plus en plus quelques artistes burkinabé qui arrivent à sortir pour des spectacles ou qui sont parfois invités à donner des concerts dans le monde associatif. Il y a dix ans, ce n’était pas le cas. Comme on dit au Burkina, « C’est bon, mais ce n’est pas arrivé ! »
Artistebf : En tant qu'artiste burkinabé résidant à l'extérieur, que pouvez-vous faire pour aider vos frères qui sont restés sur place et qui sont en quête de la promotion ?.
Attendez ! à ma première tournée en 1997, je n'étais pas à l'extérieur. Je suis resté à Ouaga. Il y a des artistes burkinabé qui ne vivent pas à Paris ou à Bruxelles mais qui sortent pour des spectacles. Il ne faut pas forcément résider en Europe pour pouvoir jouer. Bien au contraire, les gens ont souvent besoin d’exotisme
Artistebf : Quel est actuellement le goulot d'étranglement de la musique burkinabé ?
Le problème se situe à différents niveaux. C’est vrai qu’il y a des artistes qui travaillent sérieusement et il y a ceux aussi qui ont tendance à tomber dans la facilité. Donc, il y a d’abord la responsabilité des artistes en tant que principaux acteurs.
Ensuite, il y a la responsabilité aussi des politiques. C’est bien beau de dire que Ouagadougou est la capitale de la Culture, mais pour l’instant et pour ce qui me concerne, je ne résumerai pas la culture à l’évènementiel. Je vis ma culture tous les jours et non à tous les deux ans. Quand on invite par exemple des artistes étrangers et qu’on peut leur donner des millions (10-15 millions) et qu’à côté, les artistes nationaux, aussi meilleurs que les premiers ne perçoivent que 200 ou 300 000 frs, j’avoue que ça fait réfléchir. En province, il n’y a aucune salle de spectacle potable qui permet de faire du « live ». Au Burkina, il n’y a que trois villes dans lesquelles on peut faire aisément du » live » ; ce sont les villes de Bobo, Ouagadougou et Koudougou.
Le sponsoring est réservé aux artistes étrangers. Les artistes et les promoteurs de spectacles peuvent le témoigner. Il n’y a jamais d’argent ni de sponsoring pour les artistes locaux. Or théoriquement, c’est le sponsoring qui pouvait permettre aux artistes d’évoluer. L’Etat devrait défiscaliser toutes les sociétés qui investissent dans la culture. Dès qu'une entreprise apporte la preuve qu'elle a investi dans une activité culturelle, qu'en retour, l'Etat lui exempte de certaines taxes. Il y a pleins de choses comme ça que l'état aurait pu initier pour encourager les sponsors.
Enfin, Il y a aussi la responsabilité du consommateur. En effet, les gens préfèrent pirater que d’acheter les œuvres originales. Ils aiment la facilité. Ils veulent un spectacle de qualité : live, sons, lumière et payé 500 frs pour l’entrée. Ce n’est pas possible ! . Si vous voulez la qualité eh bien, il faut payer le prix. Aussi, n’attendons pas les artistes meurent pour leur rendre hommage
Artistebf : Le Burkina, en 50 ans de musique, qu’est ce qu’on peut retenir ?
Avant, tout se passait presque en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, il y a de nombreuses structures qui se sont implantées et qui facilitent les enregistrements. A l'époque où j'ai fait "OUAGA SANS CHAR", il fallait que je prenne le train pour fabriquer les cassettes en Côte d'Ivoire. Ce serait intellectuellement malhonnête de dire que notre musique en 50 ans n'a pas évolué. Mais vous voyez, ça ne m'intéresse pas de parler de ce qui marche parce que je suis en quête du meilleur. Je n'ai pas envie de faire le nivellement par le bas; dans ma vie de tous les jours, je ne me contente pas du peu. L'ambition saine n'est pas forcément mauvaise.
Artistebf : Qu'est-ce que ZEDESS compte faire en termes de projet musical; réveiller l'orchestre de l'Université de Ouagadougou ?
Non ! Moi j'ai toujours fait du reggae parfois teinté de musique traditionnelle. D'ailleurs, j'avais déjà initié un festival qu'on appelait " le festival de Reggae de Ouagadougou" à l’image du celui initié en Côte d'Ivoire par Alpha BLONDY mais qui, malheureusement n'existe plus. J'ai fonctionné 3 éditions, sans sponsors, tous les cachets étaient de ma poche. Je n'ai pas tenu longtemps et j’ai fini par le mettre en stand by. Je crois que cela était déjà une de mes contributions.
Comme dernier mot, j'invite le public à acheter les œuvres des artistes plutôt que de les pirater et d’aller surtout aux concerts. C’est une des meilleures formes pour soutenir un artiste. Mais Surtout pas de piraterie parce qu'un pirate est comme pour moi, un criminel.
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Avril 2010
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