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Je suis Caroline Wanré épouse TUINA. Je suis Journaliste Burkinabé depuis octobre 2004 et c’est en juillet 2005 que j’ai rejoint la Télévision Nationale du Burkina .
Félicitation Madame ! Vous avez été distinguée aux derniers Gallians. D'abord c'est quoi Les Gallians ? et dans quelle catégorie avez-vous été primée ?

Caroline WANRE ( C. W ) : Pour moi les Gallians, comme leur nom l’indiquent, c’est la récompense, la reconnaissance du travail d’un journaliste au plan national. C’est une compétition à laquelle je ne m’étais pas encore présentée. A la télévision, en tant que reporter, le quotidien c’est 1mn 30. Tout au plus 2mn alors qu’aux Gallians la barre est déjà très haute. Pour le grand reportage, il faut un minimum de 13mn.
Le travail pour lequel j’ai été distinguée, est un document de 13mn réalisé sur la province de la Komandjari. C’était une initiative de la rédaction qui a souhaité à l’occasion du 11 décembre, qui se préparait dans cette région Est du Burkina, que nous présentions mieux ce milieu. Alors c’est à moi qu’est revenue la charge de présenter la province de la Komondjari. Peu avant le départ, le moral n’était pas au beau fixe avec des propos comme : « c’est une province qui n’est pas très très gaie à vivre, il n’ y a pas d’électricité, c’est une zone réputée favorable aux coupeurs de route. Mais finalement, j’ai découvert à l’arrivée une zone de grandes potentialités, avec un cheptel assez développé, une zone bien arrosée. A priori, tout baigne à l’Est même si la population n’est pas de cet avis en raison de l’absence de routes qui est un gros handicap. En effet, Il n’ y a pas de routes. Pour avoir accès à Gayéri, le chef lieu de la province, c’est un véritable chemin de croix. Au-delà de ce constat, il y a aussi l’insécurité. C’est vrai qu’on n’a pas eu à faire face aux coupeurs de route mais c’est une réalité dans la région. La confirmation nous a été même faite par le haut commissaire. Je me demande si le fait de l’absence de routes n’est pas un facteur favorable à cette insécurité.
Quel est la nature du prix Gallian que vous avez empoché ?
C.W : Lors des Gallians, j’ai d’abord reçu le prix du Conseil Supérieur de la Communication pour la qualité technique et narratif de mon reportage. Le 2ème prix , c’est le prix Samuel Kiendré.
Aimez-vous la musique ou peut-être, parlons cinéma ! comment voyez-vous l’avenir du cinéma africain , burkinabé en particulier ?
C.W : Je préfère être objective. Quoi qu’on dise, le cinéma est une industrie dans certains pays comme les Etats-Unis. Juste un exemple pour vous permettre d’apprécier. Si mes souvenirs sont bons, le budget consacré au cinéma vient en 2ème position après celui de l’armement. Vous voyez ce que cela représente ? Le rêve américain, est essentiellement construit sur le cinéma. Des acteurs comme Jean Claude Van DAME ou Sylvester Stallone sont des idoles pour la jeunesse américaine. Et qui dit idole, dis forcément vecteur. Les messages que ces idoles véhiculent sont comme des paroles d’évangile Les jeunes ont envie de leurs ressembler, de manger et de s’habiller comme eux.
Revenons au Burkina. Quelle stratégie faut-il développer pour intéresser les investisseurs au secteur ?
C.W : Ici au Burkina, il y a du boulot à faire. Pour que le cinéma soit vraiment le 7ème art, il y a beaucoup à faire. L’une des raisons de la création du FESPACO, était dans l’optique de donner aussi à l’Afrique une plate- forme, un tremplin d’expression propre à l’Afrique. Le cinéma africain n’est pas bien vu ailleurs. L’alternative, la solution que j’entrevois est peut-être de s’inspirer des Noollyhood (les films Nigerians ) . Ce qu’il faut faire, je crois qu’il faut créer notre marché à nous. Pour ce faire, il faut que les réalisateurs intéressent les gens par notre propre quotidien, par notre vécu personnel. Nous avons été longtemps saturés par les télés NOVELA qui nous viennent du Brésil. Je crois qu’il est temps de montrer aux africains ou aux burkinabé leurs quotidiens. On a vu des exemples de feuilletons burkinabés qui ont bien marché. Chaque soir, et à l’heure de ces feuilletons, les rues sont vides. Tout le monde est devant son petit écran. La mayonnaise peut s’intéresser à de telles séries pour faire passer des messages. C’est vrai qu’il y a des priorités comme l’éducation, la santé qui priment sur la distraction. Mais je dis, que même étant pauvre, on peut passer par le biais de la distraction pour atteindre des objectifs éducatifs ou autres.
Si l’Etat à lui seul n’arrive pas à soutenir le cinéma, c’est évident !. Il faut donc recourir à l’initiative privée. Il faut que le cinéma arrive à se vendre de lui-même. Un bon produit se vend de lui-même. Pour cela, il faut que les cinéastes se mettent d’accord pour revoir les sujets à aborder dans leurs films, au niveau des thématiques, au niveau de la manière de filmer et les réalités à montrer. Les opérateurs économiques sont des commerçants qui ne vont jamais accepter invertir là où ils ne tireront pas du profit. Il appartient donc aux cinéastes de rendre le cinéma plus attractif de sorte à être incontournables et à intéresser les opérateurs économiques.
Votre dernier mot
C.W : Je reviens surtout aux Gallians. C’est la première fois que je compétis en tant que journaliste de la télévision. Je suis contente d’avoir eu ce prix. C’est un début pour moi mais j’aimerais tenter d’autres aventures. Pour moi, ce n’est pas le prix qui fait le journaliste. Je connais de grands journalistes qui n’ont jamais postulé ou qui n’ont jamais eu de prix, et qui travaillent cependant dans la plus grande modestie par amour pour leur métier. Ce sont des gens qui sont toujours respectés pour leur travail bien fait . A ces journalistes, je tire mon chapeau.
Pour terminer, j’encourage tous ceux qui veulent faire carrière dans ce métier. La porte leur est grandement ouverte.
Artistebf , Mai 2009
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