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laissaient leur musique pour écouter la musique guinéenne malienne ou congolaise. Présentement, sur n'importe quelle radio fm ou maquis, vous n'entendrez pendant 2 ou 3 heures de temps que de la musique burkinabé. Pourtant, ce n'est pas une loi qui impose cela; mais c'est la qualité artistique. A cette qualité artistique, il faut ajouter le nombre actuel des artistes musiciens. Quand je parle de musiciens, je ne parle pas seulement des chanteurs, mais de tous ces musiciens qui l'accompagnent. Le problème maintenant, c'est que les burkinabé achètent peu les œuvres de nos artistes. J'allais dire que la musique burkinabé est mal remerciée ! On n'achète pas la musique mais on se contente de la repiquer, de la copier et d'envoyer via le Bluetuff à des amis. Alors, les musiciens qui devaient être des gens vus et respectés avec plein de sous et oriolés d'une certaine gloire, deviennent presque des loqueuteux, des traine-savates et des miséreux. Certes, il y en a qui ont vraiment réussi pour avoir tapé deux bons coups malgré la piraterie dont ils ont été victimes. Certainement, ils auraient pu être mieux s'ils n'avaient pas été victimes de la piraterie ou d'autres choses allant dans ce sens. Nos dirigeants sont aussi à féliciter parce qu'ils associent actuellement les artistes aux grands évènements qui ponctuent la vie de notre pays. C'est vraiment un facteur très positif quoiqu'on puisse encore mieux faire parce que les gros cachets vont à ceux qui viennent de l'extérieur. C'est domage parce que ceux-là mêmes qui viennent de l'extérieur, à écouter leur musique, ne font pas mieux que nos artistes locaux.

Le problème maintenant, (….) est que la musique burkinabé est mal remerciée ! … on se contente de la repiquer, de la copier et d'envoyer via le Bluetuff à des amis.
2- Le KUNDE, tel qu'il est conçu (enveloppé de cordes, de cuivre et de bois), comment voulez-vous avoir une bonne sonorité avec ça ?
Artistebf : Que pensez-vous de ceux qui soutiennent que la musique d'aujourd'hui est vide de sens et que c'est du bruit au lieu de la musique ? Tout est facilité par le numérique aujourd'hui.
Sacré : Je ne suis pas du tout d'accord avec cette critique. Ça, je m'inscris en faux ! Je crois que les instruments locaux sont utilisés mais de grâce ! Ne forcez pas les musiciens à faire l'impossible. Prenons le cas du "KUNDE", cet instument de musique traditionnel que vous connaissez. Tel qu'il est conçu (enveloppé de cordes, de cuivre et de bois), comment voulez-vous avoir une bonne sonorité avec ça ? C'est difficile ! C'est conscient de cet état de fait que nos génies, nos ingénieurs musicaux tentent de réadapter certains de nos instruments traditionnels afin qu'ils puissent répondre à la norme internationale. N'oubliez pas que les burkinabés ne sont pas les seuls consommateurs ! Mais si on devait compter sur la consommation locale, on n'aurait pas eu autant de musiciens. Ensuite, il y a la concurrence mondiale qui est là; donc il faut qu'on évite de se marginaliser complètement. Je salue déjà l'initiative de certains de nos artistes comme BONSA, Sana Bob et bien d'autres qui font un grand apport d'instruments traditionnels.
Artistebf : Y a-t-il d'autres problèmes qui font obstacle à la musique burkinabé
Sacré : C'est l'écoulement ! Les artistes produisent mais la réaction du public n'est pas du tout rentable pour les musiciens. C'est vrai qu'à l'écoute de certaines cassettes ou CD, les gens sont entousiastes, mais ça s'arrête là ! Ils n'achètent pas.
Artistebf : Comment arriver à susciter l'engouement du public à acheter les œuvres musicaux de nos artistes ?
Sacré : Ecoutez, il y a des gens chargés de trouver des idées pour rendre la vie des musiciens meilleure. Je pense surtout au Bureau Burkinabé des Droits Auteur (BBDA) qui lutte contre la piraterie des œuvres musicales au Burkina. A partir du moment qu'on aurait circonscrit ce mal, vous verrez que les musiciens mèneront une autre vie plus agréable.On fait sortir une cassette aujourd'hui et en l'espace de deux semaines, le marché est déjà envahi.
Un mot aussi sur le cinéma
Sacré : Si notre cinéma passe sur les chaînes intrnationales, c'est que nous produissons des séries acceptables. Je tire d'ailleurs mon chapeau à l'ensemble de ce monde du cinéma: comédien, réalisateurs, scénaristes et on n'est pas loin de la Côte d'Ivoire du point de vue de la qualité, de la régularité dans la production.
Artistebf : Malgré notre absence à Cannes ?
Sacré : Bon ! je ne crois pas que ce soit tellement ça l'essentiel ! Attendez ! Voulez-vous qu'on mette des milliards et des milliards de dollards dans un film pendant que les salles se ferment, pendant que les gens s'abonnent aux vidéo-clubs. ? On va produire des films à grands budgets et les projeter dans quelles salles ? Mais il y a une politique intérieure qui devait soutendre à tout ça. Combien de salles marchent à Ouagadougou ou à Bobo? C'est en raison de tout ça que les réalisateurs se sont retournés vers le numérique. Camera en main, ils tournent leur film et font rire le monde et ça passe. Quand Sidnaaba produit des films, bien qu'ils soient de moindre qualité, (je ne dis pas qu'ils sont mauvais) mais les salles sont pleines. C'est ce que les autres sont en train de faire aussi. Je n'apprécie pas positivement cet état de fait; mais je dis que ça donne un coup dur sur la qualité de notre cinéma. Autrement, qu'est-ce qu'on a fait pour soutenir la grande créativité ? Mais que voulez-vous ? Si les salles se ferment, il faut bien que les réalisateurs vivent ! La solution, c'est de créer des salles de cinéma, engageons une politique cinématographique réelle comme dans les années 70 à la création du FESPACO
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Artistebf : L'autre difficulté de nos artistes c'est la promotion. La junte féminine semble la plus lésée dans ce milieu puisqu'elle est souvent obligée malgré son talent d'accepter les caprices de certains opérateurs culturels
Sacré : Mais ce n'est pas dans ce milieu seulement. Non ! Même pour avoir du travail aujourd'hui dans une société où on fabrique des Bombes, en Afrique en tout cas, on vous dira de baisser d'abord le slip. C'est clair !
Artistebf : Justement, il faut qu'on travaille à changer cette mentalité surtout dans le milieu cinématographique qui est sensé sensibiliser le public sur les déviances sociales.
Sacré : Intellectuel ? tu parles ! mais le milieu industriel est plus intellectuel que celui du cinéma parce que souvent, ce sont des savants qui travaillent dans le secteur industriel. Ah non ! Les grands patrons des sociétés ne sont pas n'importe qui. Ce n'est pas "Ladji "ou celui qui fourre son argent sous les matelas. Ce sont des gens qui ont fait de grandes écoles de commerce et qui dirigent de grandes sociétés. Je m'excuse, mais le stade KANAZOE est dépassé.
Artistebf : Mr Ouedraogo, le problème est toujours là ! Est-ce pour toutes ces raisons avancées qu'il faut continuer de harceler la junte féminine en quête de spectacles ou de boulot ?
Sacré : Oh ! oooh !!!! hé ! hé ! ( il râle un peu) . C'est une question de moralité ! Mais si la comédienne ou la musicienne accepte baisser aussi la culotte parce qu'elle veut du travail, eh bien ! Tant pis pour elle ! La première riposte ne doit venir du vicieux qu'est le chef ou du directeur d'entreprise. La première réaction vient de la femme; elle refuse et porte plainte à qui de droit; c'est tout ! Mais si les femmes trouvent que c'est un moyen plus facile aussi de se trouver du Job, mais que voulez-vous ? Je ne peux pas condamner à 100% les chefs d'entreprises qui le pratiquent… mais bien sûr que je les condamne parce que c'est une question de moralité et une question de spiritualité aussi en fin de compte. Dans la plupart des cas, la femme est souvent consentante ! C'est vrai que c'est dans le souci de travailler mais est-ce qu'elle est obligée de le faire pour obtenir du boulot ?
Artistebf : Puisqu'il faut bien qu'elle mange !
Sacré : Ah bon ! Parce qu'elle veut manger ? Donc, elle n'a qu'à baisser culotte !
Artistebf : Que pouvez donner comme conseils à nos artistes en quête de promotion ?
Sacré : Que puis-je leur donner comme conseil dans la mesure où ils sont plus avertis que moi sur la question; c'est leur domaine, ils connaissent les pièges qui se dressent à eux. Cependant, je ne pourrais qu'émettre que des vœux. A ce titre, il faut que les artistes exploitent au maximum la musique et les instruments traditionnels. Que ceux qui ont la science de transformer les instruments traditionnels en instruments modernes mettent leur savoir à contribution pour que notre musique devienne un "WORLD MUSIC".
Août 2011
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