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mes subsistent, parce que tout simplement, nous venons de loin !. Seul un recul permet de constater le chemin parcouru. Si nous regardons l'existant sans recul, nous risquons de nous tromper. La Haute-Volta (actuel Burkina Faso) à la veille des indépendances n'avait pas mis d'accent sur la culture. C'est vrai aussi qu'avec la crise économique grandissante, la culture est le premier secteur à pâtir du fait qu'elle n'est pas perçue comme étant une priorité par bon nombre de gens. Il y a un fameux adage qui dit : " il faut d'abord manger et ensuite philosopher". Si vous êtes ministre de la Culture, et que vous soumettez au gouvernement un projet culturel en même temps que le ministère de la santé ou de l'Agriculture, vous avez toutes les chances que votre projet soit mis en "stand by" . Je me souviens un jour, lorsque j'étais ministre de la Culture, pendant que je me battais pour trouver de l'argent pour le site de Laongo, un ministre a déclaré devant tout le monde : « pendant qu'au au Burkina les gens ont faim et soif, pendant que les malades souffrent à l'Hôpital, Mahamoudou Ouedraogo, lui, parle de ses cailloux de Laongo ». (Rires)
Art : Le milieu culturel se frottait les mains lorsqu'on vous a nommé Conseiller auprès du Président du Faso parce qu’ils voient en vous un excellent plaidoyer pour la culture et que vous alliez peser de tout votre poids pour que le Président du Faso accorde autant d'intérêt à la culture qu'au sport qu'il aime apparemment bien.
M.O. : (il s'exclaffa). Et qui vous dit que je ne le fais pas ? (rires). En fait, l'erreur serait de mettre en opposition le sport à la culture. Je crois que ce serait une erreur parce que la culture a une dimension sportive, et inversement, le sport a une dimension culturelle!. Nous sommes riches de nos ethnies certains diront de nos nationalités. mais ce n'est pas pour autant que la lutte, en tant que discipline sportive est uniformément vécue dans toutes les ethnies. Pourquoi ? parce que la lutte est spécifique à chaque ethnie donc à chaque culture. La lutte fait partie de la culture. Voilà pourquoi, le sport a une dimension culturelle. A l'inverse, nous avons la culture dans le sport à travers certaines disciplines culturelles comme la dance. Qui dit dance, dit aussi sport !. Donc, autant la culture peut épanouir l'homme, autant le sport peut aussi contribuer au mieux être de l'individu.

Art : - Notre cinéma comme les autres domaines souffrent de financement. L’Etat à lui seul n’arrive plus à satisfaire ce secteur. Les réalisateurs se battent comme ils peuvent ; certains se rabattent sur le numérique(le plus accessible et le moins couteux). Le résultat, nos films ne seraient plus compétitifs dans les grands salons de cinéma. A votre avis, y a-t-il une solution?
M.O. : Il y a sans doute des solutions. Lorsque je fus ministre en 1996, l'une de mes premières actions, c'était de faire les Etats Généraux du Cinéma burkinabé en 1997. Mais il y a tellement de problèmes et d'urgences au point qu'un seul être, quelque soit son intelligence et sa puissance cérébrale ne peut pas résoudre. Il faut recourir à d'autres compétences pour réfléchir sur la question. Ce sont les Etats Généraux du cinéma en 1997 qui ont permis de mieux cerner les problèmes du cinéma burkinabé.
Mais ce qu'il faut d'ores et déjà savoir c'est qu'à l'heure actuelle, le cinéma mondial est en crise du fait de l'avènement de nouveaux médias comme les vidéos clubs qui prolifèrent partout dans la ville. A cela, s'ajoute l'internet par lequel, on peut pirater des films. Les films de Hollywood et bolywood (en inde) sont vus à l'avance aux Etats Unis et en inde par des milliers de personnes avant même d'être projetés dans les salles de cinéma. Il y a, voyez-vous, une nouvelle donne qui vient en rupture avec le schéma classique habituel. Cette situation n'est pas forcément liée à l'argent mais c'est une question de copyright (droit d'auteur), une question d'accès au trésor cinématographique de manière indigne. Vous comprenez donc, que c'est tout le cinéma mondial qui est en crise dont la solution ne pourrait être qu'une solution mondiale.
Art : D’accord monsieur le conseiller ! en attendant justement la solution mondiale quelle stratégie mettre en œuvre pour inciter les opérateurs économiques à investir dans le cinéma ?.
M.O. : Je crois qu'il faut que nous creusions d'avantage les méninges pour nous faire comprendre avec les opérateurs économiques burkinabé qui sont pour la plupart semi-analphabètes. Il faut que nous ayions le même langage pour prendre en considération leurs desideratas. Les gens aiment dire : "si c'était ailleurs …!"; "ailleurs, le problème ne se poserait pas…"!; mais nous ne sommes pas ailleurs ! nous sommes au Burkina. Dans le domaine du cinéma, il faut intégrer la donne actuelle de nos opérateurs économiques. Evitons de faire des comparaisons. Je prends un exemple. Il y a 15 à 20 ans, lorsqu'on interviewait les étalons, la plupart des joueurs ne parlaient pas le français. C'était soit en langue mooré, dioula ou gulmanceman . Mais aujourd'hui, tous comprennent le français.
Au niveau des cyclistes, c'est pareil ; tous ne comprennent pas encore français ! Par contre, si vous interviewez les cyclistes ivoiriens ou camerounais, vous constaterez que tous s'expriment en français. Chaque chose en son temps et il faut toujours prendre en compte les réalités de chaque pays.
Art : Avez vous un dernier mot à l'endroit de tous ces jeunes talents ( comédiens, réalisateurs, ou musiciens) qui, malgré la précarité des moyens, sont en quête de promotion.
M.O. : Humilité et courage ! Les artistes doivent être humbles parce que le succès "tourne" la tête . J'ai connu des jeunes artistes très doués et qui, après leurs premières œuvres sont retombés dans l'anonymat tant le succès leur a "tourné" la tête. Lorsque vous êtes dans une salle de concert et que 3000 spectateurs vous ovationnent, si vous ne prêtez pas attention, vous aurez la grosse tête. Vous oubliez souvent que c'est grâce à l'effort, à la recherche et à la persévérance que vous êtes arrivés à bout de succès. Vous vous croyez déjà au sommet; mais non, vous êtes toujours à la base. C'est pourquoi, je leur recommande l'humilité, toujours l'humilité . Même quand on est parmi les grands, laissez les gens vous dire que vous êtes grands.
Ensuite, je leur souhaite du courage parce que c'est un chemin parsemé d'embûches, d'épines et de Ronces. Il n' y a jamais un chemin facile. La rose qu'on vous tend comporte des épines. Il faut savoir la prendre par la tige sans vous écorcher. Si vous avez le courage, vous disposez de tous les atouts pour parvenir à vos fins et magnifier ainsi la culture de votre pays.
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