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Les Voeux du Nouvel an

(Cliquez sur la flèche au centre pour lire le message des artistes)

 

 

Artistebf ( Art ) : Comment un tel projet vous est-il venu à l'esprit ?
Etienne .MInoungou ( E.M ) : Les grands projets  naissent parfois par hasard . J'ai démarré ma carrière théâtrale en 1989 au théâtre de la Fraternité, de Jean Pierre GUINGANE. Je note en passant que le théâtre de la fraternité est la doyenne d'âge de tous les espaces culturels du Burkina. Je suis resté au théâtre de la fraternité pendant 12 ans avant de lancer ma propre compagnie, (l' évènement récréâtrale ) en 2000.  C'est donc  au sein du théâtre de la Fraternité que j'ai expérimenté une démarche de travail  qui est d'écrire en même temps que de mettre en scène. C'est ce qu'un auteur nigérien appelle "écrire débout ". C'est dans cette logique "d'écrire débout" qu'est née l'idée de mettre en place un espace regroupant des auteur-metteurs en scène et des comédiens capables de travailler et de proposer des créations plus professionnelles. L'idée de résidence, d'écriture, de création et de formation théâtrale est née de cette expérience que j'ai eue d'abord au sein du théâtre de la fraternité puis avec le célèbre metteur en scène Ildevert MEDA. Après quelques essais de mises en scène et des tournées internationales concluantes, nous avons pensé que l'expérience valait la peine d'être partagée avec d'autres artistes. Voilà comment la première édition des récréâtrales a été organisée en 2002 et qui a connu la participation des comédiens et de metteurs en scène de nombreux pays.

 

Art : Quelle différence faites-vous entre les  récréâtrales et le théâtre classique ?
E.M : Les récréâtrales, c'est  un nouvel espace de recherche théâtrale contemporaine. Aujourd'hui, c'est presque de 150 jours  au cours desquels,  comédiens, auteurs-metteurs en scène  et scénographes  se retrouvent à Ouagadougou  pour  une démarche de laboratoire. Il n' y a donc pas une différente en tant que telle mais les rércréâtrales ont le mérite de réunir tous les métiers du théâtre.

 

Art : Quelles sont les innovations à cette présente Edition de 2010 ?
E.M : Vous savez, aucune édition n'a ressemblé à l'autre. Chaque édition des récréâtrales  a toujours tenté d'apporter une solution particulière à l'ensemble des problèmes du théâtre. Cette année, toute l'attention est rivée sur la scénographie. C'est quoi la scénographie ?  C'est l'ensemble de l'univers (sonore, lumière, costumes et décors ) qui  crée l'ambiance d'un spectacle. Généralement, ce sont des métiers qui ont souvent fait défaut au théâtre africain qualifié de "théâtre pauvre".

La deuxième particularité de cette édition, est notre volonté de créer tout un village théâtral,  nous allons transformer toute une rue de Ouagadougou (Burkina Faso) , avec  4 ou 5 théâtres démontables connectés aux familles et qui deviennent en même temps des espaces de théâtre inédits; avec une capacité d'accueil  d'environ 1200 places chaque soir. Ce sera un dispositif tout à fait exceptionnel qui va sans doute drainer du monde.

Enfin, en troisième innovation, nous avons donné deux cartes blanches à deux artistes africains dont Ildevert MEDA, grand metteur en scène et qui vient d'être distingué au Bénin comme étant le meilleur metteur en scène de l'espace francophone. Ce dernier a déjà fait ses preuves dans la pièce intitulée "l'éléphant du roi". Nous avons demandé à Ildevert d'écrire un spectacle sur les "indépendances africaines" avec des figures populaires de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. La deuxième carte blanche  a été donnée  au Brazzavillois Dieudonné  Niangouna  pour qu'il monte un de ses meilleurs spectacles comiques (expert) avec des comédiens burkinabé..
 

Art : Est-ce que vous vous en sortez avec cette multitude d'espaces culturels qui poussent comme des champignons au Burkina ?
E.M : Nous avons la chance de bénéficier de  l'initiative privée des opérateurs et des acteurs culturels. L'Etat a entrepris et les opérateurs privés ont aussi entrepris .  La diversité des espaces culturels  dont vous faites allusion, témoigne du dynamisme de l'activité artistique et culturelle de notre pays. Depuis 15 ans, le Burkina Faso, sur le plan artistique et culturel  a atteint un seuil  qui le positionne comme étant un véritable  carrefour culturel du continent. Nous avons donc  toutes les conditions nécessaires pour passer à la vitesse supérieure en consolidant les infrastructures existantes  qui, du fait de leur fragilité peuvent disparaître du jour au lendemain par manque de mécanisme  de soutien. Comme disait le Professeur Joseph Ki ZERBO, "il faut  infrastructurer  la culture" ,  c'est la seule manière de la pérenniser.

 

Art : Vous évoluez donc depuis 1989 dans le domaine du théâtre, quelles appréciations faites-vous de la situation du comédien burkinabé ?
E.M : Par rapport au reste des pays de la sous région, la situation du comédien burkinabé n'est pas très singulière. Dans une ville où  on peut  regarder du théâtre tous les soirs, implique qu'il y a des comédiens qui travaillent régulièrement et par conséquent, ce sont des comédiens qui ont de quoi vivre. 

 

Art : Il paraît qu'ils sont mal payés !
E.M : Au théâtre, pas toujours ! Aux récréâtrales par exemple, même pour  un contrat temporaire de 3 à 4 mois, le comédien engagé n'a pas moins de 200 à 250 000 frs CFA l'équivalent de 305 à 382 Euros par mois. Mais il faut reconnaître que dans le domaine du cinéma (et ça je n'aime du tout) le réalisateur va pleurnicher qu'il n'a pas d'argent pour faire son film. Il demande souvent au plus faible de payer les frais. Le plus faible c'est qui ? c'est le comédien ou le technicien. Ce sont ceux-là qui se sacrifient. Après le film, c'est le réalisateur qu'on aperçoit en ville qui frime. C'est quand même indignant ! Il faut qu'on arrive à assainir les rapports entre comédiens, producteurs, réalisateurs et techniciens. Mais cette situation n'est courante que dans le domaine du cinéma. Dans le domaine du théâtre, c'est autre chose. Le théâtre est comme une affaire collective, un genre particulier où ces disparités  et ces contraintes sont amoindries.
Au niveau du cinéma, nous pouvons nous réjouir de l'avènement de la vidéo et des SITCOM qui ont favorisé aujourd'hui l'éclosion de nombreuses maisons de production . Autant il faut se réjouir de l'avènement du numérique qui permet de produire à moindre coût, autant il faut aussi craindre que ne s'installe le désordre dans le milieu. Aujourd'hui, n'importe qui peut tenir une camera mais cela ne veut pas dire qu’il est forcément  un artiste créateur. L'outil n'est pas forcément la profession ! Pour l'instant, il faut encourager la dynamique tout en étant vigilant !.

 

Art : Quels sont les problèmes qui obstruent aujourd’hui le théâtre burkinabé ?
E.M : C'est en réponse à ces problèmes que nous avons créé les récréâtrâles. Ces problèmes se traduisent essentiellement :
 d’abord en termes d'écriture et de métier.
En terme de diffusion . En effet, Il faut développer des réseaux de diffusion afin de permettre aux spectacles de circuler.
Enfin en termes de création des nouveaux profiles de métier qu'on appelle " les médiateurs culturels" qui travaillent en sorte que l'œuvre d'art puisse rencontrer le public.

 

Art : Que suggérez-vous Pour relancer le secteur du théâtre,
E.M : 1°) Soutenir et consolider les infrastructures existantes  dans leur fonctionnement et de leur permettre d’anticiper.

2°) Soutenir la formation. Aucun métier ne peut se développer ou se professionnaliser sans une formation ; et le premier espace de professionnalisation sont les écoles. Il faut absolument introduire l’éducation artistique dans notre système éducatif
 
3° Inventer de nouveaux outils pour le financement de la culture. Il ne s’agira plus d’aider la culture mais investir plutôt dans la culture. Elle est, au même titre que la santé ou l’éducation comme étant un secteur de concentration. Il faut désormais considérer la culture comme étant le secteur le plus fécond, un espace dans lequel il faut investir.
 
Je dirai pour termine, que le théâtre est un lieu propice au débat  social. Quand le théâtre naissait dans la Grèce antique, c’était avec la démocratie. Quand les philosophes  inventaient la démocratie comme mode de gouvernance et de gestion de la cité, c’était encore avec le théâtre. Ce constat traduit le lien indissociable du théâtre à la démocratie. C’est pourquoi, j’invite chacun à se rendre au théâtre car un moment d’éblouissement au théâtre, est  un éblouissement pour toute la vie.
 
 

 

Etienne MINOUNGOU
 

Directeur du Festival des récréâtrales

Etienne Minoungou: Artiste, Comédien, metteur en scène, Directeur du Festival des récréâtrales, Président du Conseil d'Administration de la Fédération du Cartel (qui regroupe en son sein 4 compagnies théâtrales ) . Je suis marié et père de 3 enfants. Ma famille réside à Bruxelles et depuis 10 ans, je partage ma vie entre Bruxelles et Ouagadougou.

 

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photos de haut et de bas,

...Graphistes et Comédiens

 

... préparent activement les récréâtrales

 

... Ailleurs, on cogite pour trouver les meilleures formules magiques (Etienne Minoungou (doigt levé) jure et parie que ce sera une fête bien réussie .... !

 
 

 

 
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