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Financement du Cinéma > Le Burkina avance ...

Cette Semaine, Boubakar DIALLO
 

Boubakar DIALLO boude-t-il le FESPACO ?

La Grande Star du Cinéma burkinabé, Boubakar DIALLO Boude t-il le FESPACO ? . Dans un Entretien accordé à Artistebf (un Site Web culturel du Burkina ), la Star burkinabé dit que le FESPACO 2011 serait sa dernière participation . Blufff ou une réalité ? L'avenir nous le dira. Comme on le dit, " qui vivra, verra ! En attendant donc, nous souhaitons que Dieu donne à chacun une santé de fer pour voir avant de parler.
Nous rappelons pour nos internautes résidant à plus de dix milles lieux du Burkina faso, que Boubakar DIALLO, est l'un des plus grands réalisateurs de films au Burkina Faso. (au moins 2 films en moyenne par an ) . De 2004 à nos jours, La Star a réalisé près de 12 films et 2 series télévisées et souvent sans subvention. C'est qu'il nous confirmait en 2009 : "
Pour ce qui me concerne, nous avons réussi à faire 6 films sur 8 sans subvention ni de l’Etat ni des guichets du Nord ni d’aucun producteur d’ailleurs. C’est vrai qu’à certains moments, j’étais obligé en tant que scénariste, à me déguiser en réalisateur, en producteur et en démarcheur pour taper de porte en porte pour parler aux gens de mon projet ."
Aujourd'hui, les choses semblent aller de mieux en mieux. Bientôt, toutes ces difficultés de financement ne seront que de vieux souvenirs puisqu'une Association pour le fonds d'appui au cinéma burkinabé sera fonctionnelle sous peu. Le bureau présidé par La grande célébrité Gaston KABORE est déjà en place et Boubakar DIALLO en est le Vice président. Comment se fait-il alors que malgré ces belles initiatives, un réalisateur ne soit plus motivé à participer aux prochaines éditions du FESPACO?

C'est ce que nous avons voulons comprendre avec Boubakar DIALLO. Mais avant, il nous présente l'Association :


Artistebf (Art.): Vous êtes le vice président de l'Association des producteurs burkinabè du FONDS d'appui au cinéma. Pouvez- vous nous en parler ?

 

Boubacar DIALLO (B.D): En fait, l'Association  de soutien au cinéma, est une association qui est ouverte à tous les producteurs  burkinabè. Je dis bien burkinabè. Pour être éligible,  il n'y a donc pas de critères particuliers; il faut être producteur burkinabè, être installé au moins depuis 3 ans au Burkina. Pour bénéficier maintenant du fonds de subvention, si vous êtes membre de l'association, c'est bien; mais cela n'est pas une condition obligatoire. La seule condition est que vous ayez  produit un film burkinabè,  exploité  le film au Burkina  dans  les 5 salles que nous avons retenues. Ces salles  sont : le CINE NERWAYA, le CINE BURKINA, le CINE EMERGENCE de ZOGONA, LE CINE TAMPUI et  le CINE PISSY. Dans ces 5 salles,  le producteur qui est intérressé, doit inscrire son film auprès du sécretariat de l'Association afin que l'Association, de concert  avec  les exploitants de salles puisse  comptabiliser les entrées. En réalité, le seul critère c'est le succès que votre précédent film a connu en salle. Donc,  il faut que votre précédent  film ait été exploité dans ces salles et que ce film ait totalisé un minimum  de 10 000 entrées. C'est le seuil pour être éligible.

L'affiche de Julie et Roméo (l'un des derniers films de BoubaKar DIALLO présenté au FESPACO)


Art.: Un total de 10 000 entrées pour compter de quelle date ?
B.D.: A partir du moment où vous inscrivez le film, vous déclarez l'exploitation. Si vous voulez reprendre un vieux film qui a déjà été  exploité auparavant et que vous pensez qu'il a toujours  un potentiel et que vous voulez le remettre dans le circuit, ça ne dérange absolument pas ! C'est vous qui décidez,  c'est  votre film et vous. Pour cela, il suffit d'inscrire la date de la  nouvelle programmation ou la date de la première programmation. Tout dépendra de vous !   A la fin de l'exploitation, nous comptabilisons  les entrées qui ont été éffectuées dans les 5 salles que j'ai citées. Si vous avez atteint  10 000 entrées minimum, vous êtes éligible; mais moins de 10 000, vous n'êtes pas retenu.


Art.: Est-ce que le citoyen  Lambda qui  porte sous le bras son scénario peut bénéficer du Fonds d'appui ?
B.D.: Non ! C'est une Association de soutien, qui  fait un travail d'accompagement tout simplement. Si on dit  que tous ceux qui ont des projets peuvent être financés,  vous imaginez  un peu le nombre de gens qui vont venir s'alligner? Evidemment, nous n'aurons pas les moyens pour faire face. C'est une Association qui travaille avec des partenaires SUISSES et avec le peu d'argent qu'on a pu mobiliser,  nous essayons d'accompagner ceux qui font l'éffort de produire, de travailler. Ceux qui sont à leur première  œuvre,  nous sommes désolés de ne pouvoir les soutenir parce qu'il faut qu'ils trouvent par eux mêmes les moyens de produire. Donc, on ne prend en compte  qu'un film qui a déjà été exploité et  qui a renconté  l'adhésion du public; c'est-à-dire qui a draîné au moins 10 000 personnes en salle. Si c'est le cas, votre film est éligible

.

Art.: Comment concrètement  allez-vous  pouvoir mesurer cette adhésion de 10 000 entrées?
B.D.: Mais c'est simple !  Quand un film burkinabè est programmé dans le cadre de cette expérience, l'Association fournit des tickets et  des borderaux au centre du cinéma concerné pour noter au jour le jour. A chaque fois que  le film passe dans une salle,  l'exploitant doit marquer en fin de journée la date, le titre du film  et le nombre d'entrées payantes effectuées.  Le même soir,  il doit nous envoyer les encaissements par texto pour enregistrement dans l'ordinateur. Le lundi, une autre fiche récapitulative est établie sur la base de la fiche journalière de la semaine écoulée. La dernière condition, c'est qu'en fin d'exploitation, une partie des recettes générées par le film est versée sur le compte du producteur. Et sur présentation du  relevé bancaire,  nous vérifions  les écritures, l'exactitude et la conformité de la côte part versée.

Affiche : Traque à Ouaga

 

Art.: Jusqu'à quel montant l'Association peut-elle financer un film ?
B.D.: Nous commençons le 1er septembre 2011, une phase  test  qui va durer 10 mois (du 1er septembre 2011 au  30 juin 2011). Dans cette phase, on va comptabiliser les films qui seront exploités et les films qui seront inscrits volontairement.  A la fin de la période de 10 mois, on retiendra les 3 films qui auront enregistré le plus grand nombre d'entrées en salles, en termes de tickets payants.  Le film qui sera retenu  va obtenir une subvention de 20 millions,  le second 15 millions,  le 3eme 10 millions. Je précise que ces sommes ne sont pas des primes mais des subventions qui seront obligatoirement réinvesties  dans la prochaine production. ./.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

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Tout le travail qui est fait, n'est pas pour recompenser mais  pour soutenir les gens,  de les alléger dans le travail, de façon à leur permettre de continuer de produire. Donc si vous voulez, l'Association ne prétend  pas résoudre les problèmes de financement  mais elle apporte un plus dans le sens de la production. Aussi, elle ne prétend pas également donner un jugement qualitatif ou artistique quelconque  sur la base d'un scénario ou d'autre chose. Nous n'apprécions pas les films;  nous faisons seulement confiance au public car c'est le public qui est déterminant. Plus le public  ira régulièrement au cinéma, mieux notre industrie cinématographique va décoller parce que cela va contribuer à la construction de nouvelles salles. Il faudrait donc intensifier la production des films burkinabé  pour que les salles puissent prospérer et que les producteurs puissent en tirer un maximum de profit. Au terme des 10 mois d'essai,  si  les résultats sont concluants, on va procéder à la validation et à l'institutionalisation du système.  Ce ne sera donc plus comme un concours.

" Vous savez que dans le FESPACO, c'est vrai que ça ne se dit pas, il  y a une règle non écrite. Quand vous regardez l'Etalon d'Or de Yennenga, posez la question à ceux qui ont réellement vu ce film, la plupart vous diront qu'ils n'ont  pas compris le film."

Art.: Le fonds de soutien au cinéma  ne va-t-il pas fonctionner comme un fonds de roulement ?
B.D.: Non, c'est une subvention non remboursable qui est  octroyée pour vous aider à produire. Pour cela, vous devez communiquer le cénariot du prochain projet, le plan de financement et le budget détaillé. Enfin, vous devez  fournir  les justificatifs sous peine de  rembourser l'argent. Vous devez prouver que vous avez réellement investi  cet argent dans votre prochain film. Si ce dernier est mis en exploitation, il peut être inscrit pour être comptabilisé à nouveau. Le but, c'est d'arriver à terme à produire annuellement une dizaine de films burkinabés; ce qui fera le bonheur du public et des exploitants de salles.

Art.: Si  le fonds d'appui n'est pas un fonds de roulement, n'y  a- t-il pas de craintes qu'un jour il  s'épuise. Aussi, pendant combien de temps va-t-on continuer de subventionner ?
B.D.: Je ne vous ai pas dit que c'est un fonds qui est posé et qui va s'épuiser. Avec les partenaires suisses,  on doit ensemble travailler. Notre travail consistera  donc  à mobiliser de l'argent sur la base du succès des expériences qu'on est en train de mener. Si on montre à chaque année, chiffres à l'appui, le nombre de films que nous avons réussis à subventionner,  petit à petit, cela pourra convaincre d'autres partenaires à alimenter  le fonds. Mais au départ, après la période test,  on estime que c'est un montant qui tourne autour de 300 000 Euros qu'il faudra mobiliser chaque année.  Annuellement, ce  montant va être redistribué sur la base des critères d'éligibilité comme je l'ai expliqué tantôt.


Art.: A  la dernière édition du FESPACO, nombreux sont vos fans qui  vous attendaient pour l'Etalon d'Or de Yennega.  Malheureusement, les choses n'ont pas fonctionné comme souhaité. S'il vous était demandé de faire votre auto-critique sur le film que vous avez présenté au FESPACO, que direz-vous ?. Qu'est-ce qui  n'a pas marché ?

B.D.: Je pourrai  vous dire que c'était ma dernière participation au FESPACO. Comme je l'ai  dit au début  de mon expérience,  de mon parcours cinématographique, le festival  n'est pas  ma priorité. Il y a des films qui sont faits dans l'optique de montrer dans les  festivals; ce qui est bien ! Il  y a  des films qui sont également faits et qui sont destinés à montrer au grand public toute l'année.  Entre 2 FESPACO, il  y a 2 ans et  pendant  2 ans, il faut qu'il ait des films à l'écran. C'est ce crénau qui nous intéresse, c'est ce contact permanent avec le public sur lequel nous avons intérêt à nous concentrer. Vous savez certainement, n'ayons pas la langue de bois,  que notre démarche  n'est pas forcément  bien vue de tout le monde.  Il y a des gens qui font encore aujourd'hui des pirates d'écoles, qui chichinent sur certains critères : "est-ce que le film est fait en 35 mm, en numérique ou en vidéo etc.  Pour notre part, nous pensons que c'est un faux problème. Mais chacun a le droit  d'avoir des sentiments personnels ou  d'émettre son avis par rapport à ces choses-là. Que chacun fasse ce  qui lui plait et le soumettre au public-cible qu'il aura choisi. Pour ce qui nous concerne, c'est le grand public que nous avons choisi. C'est  pourquoi on nous traite de cinéma populaire; mais cela ne nous dérange pas ! Mais encore une fois, je dis que le festival n'est pas notre lieu de prédilection. Si nous n'arrivons pas à briller comme vous le dites, Il faut vous dire simplement, que ceux qui n'aiment pas notre façon de faire le cinéma, ceux qui estiment qu'on n'a pas notre place dans le cinéma  africain, que ce sont les mêmes qui sont  incrustrés dans les jurys. Ce n'est donc pas étonnant qu'on  ne soit  pas recompensé. Ils ne peuvent pas saborder son propre navire; c'est clair ! C'est à nous aussi d'avoir l'intelligence  d'arrêter de nous exposer. Notre jury, c'est le public et non une poignée de spécialistes aussi brillants soient-ils qui se réunissent tous les 2 ans pour donner leur avis ou leurs  sentiments. C'est même leurs sentiments parce que ce n'est plus que ça. Vous savez que dans le FESPACO, c'est vrai que ça ne se dit pas, il  y a une règle non écrite.

Affiche : L'or des YOUNGA

Quand vous regardez l'Etalon d'Or de Yennenga, posez la question à ceux qui ont réellement vu ce film, la plupart vous diront qu'ils n'ont  pas compris le film. Nous comprenons qu'à quelque part il y a une volonté politique pour fédérer toutes les énergies, tous les Etats, tous les cinéastes africains et de la diaspora autour du FESPACO, autour du Burkina pour que les gens ne nous désertent pas. Pour garder cette image,  il faut que l'Etalon circule entre les différents Etats. Donc, il faut travailler à récompenser le Maroc, après avoir récompensé l'Ethiopie. Mais si le Burkina prend 2, 3 fois l'Etalon, même s'il est reconnu que nous produisons beaucoup de films, les gens vont déserter le FESPACO; ce qui ne fait pas notre affaire. Quoi qu'on dise, le FESPACO reste une grande vitrine positive pour le Burkina. Il importe donc que nous laissions le FESPACO conduire sa politique   comme il entend. C'est à nous de savoir si on a envie d'être de la partie ou pas. Pour ce qui nous concerne, la réponse est "NON"  parce que nous préférons aller à la conquête du public.

Art.: Vous avez réalisé le film "Julie & Roméo" à l'Africaine puisque le titre est inspiré de l'œuvre William Shakespeare. Pourquoi vous avez gardé expressément les noms "Juliette et Roméo" alors que vous aurez pu les remplacer par des noms relevant de notre culture?
B.D.: En fait, c'est une ouverture. C'est pour montrer que l'œuvre de Willam Shakespeare qui a été faite au 17ème siècle a fait l'objet de nombreuses adaptations au théâtre comme au cinéma, aussi bien en Europe qu'en Amérique. Pourquoi l'Afrique  serait exclue ? Pourquoi un artiste africain n'aurait-il pas le droit d'essayer une adaptation ?  On n'est pas oubligé de faire comme Hébié MISSA dans son film "en  attendant le vote des bêtes sauvages" qui est d'un auteur africain. De la même manière que les adaptations se font pour les pièces de théâtres, je pense qu'on devrait pouvoir le faire aussi pour le cinéma. Pourquoi Pas ? Tout comme on le fait au théatre, on peut aussi le faire au cinéma. C'est cette ouverture qui nous parait intéressante. Dans "Juliette et Roméo", nous parlons aussi de la  culture africaine; mais le prétexte de l'adaptation de Julliette et Roméo, est une autre façon d'attirer l'attention des autres qui ne connaissent pas encore notre culture pour qu'ils nous regardent différemment. Je viens d'envoyer un DVD à la demande d'un chercheur Britanique. Il est en train d’écrire un livre sur toutes les adaptations des œuvres de Shakespear qui ont été faites en langue française. C'est la preuve déjà que le film "Juliette et Roméo", à coup sûr  est digne d'intérêt.

 

Aoüt 2011

 

 

 

 

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