Entretien avec >
KUNDE 2012 : Eugène Kunker sacré lauréat !!
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Baba HAMA Ministre de la Culture |
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& du Tourisme
Vous êtes journaliste de profession. Vous avez longtemps travaillé à la Radio Nationale du Burkina avant d’occuper les fonctions suivantes : Artistebf (Art: ) Monsieur le ministre, Comment vous sentiez-vous au moment de remplacer un ancien « patron », un ami, un collègue un ancien collaborateur. La passation de service, s'est-elle faite en toute gaîté ?
Baba Hama (B.H.) : Non, il n’y a aucun problème particulier autour de la passation de service. Dans l’énumération des fonctions que j’ai occupées, vous avez occulté le fait que j’ai été aussi son patron parce j’ai été secretaire général du Ministère. Le secretariat général du FESPACO est sous la coupe du Sécrétariat Général du Ministère et même que c'est à ce titre que j’étais le président du Comité d'organisation du FESPACO 95. En fait, je qualifierai ça de destin croisé dans la mesure où ni Mr Philippe SAWADOGO ni moi-même n'avons été véritablement les acteurs de nos propres destinées. Vous savez qu'à ces postes de responsabilités, cela est du ressort des plus hautes hautorités. Cela dit, entre Mr SAWADOGO (le ministre sortant) et moi, les relations sont tout à fait confraternelles, cordiales. A chaque fois que nos carrières se sont croisées, cela s'est toujours fait de la manière la plus conviviale possible. Nous entretenons d'excellentes relations
" un homme d'affaire est un homme d'affaire; c'est-à-dire quand il investit, il a besoin d'un retour sur l'investissement " " Encore une fois, il n'y aura pas de baguette magique parce qu'il (...) trouver des ressources pour permettre aux réalisateurs et aux producteurs de faire ...".
Art: Vous avez aussi travaillé longtemps à la Radio Nationale en tant que journaliste. L’histoire a retenu qu’à l’époque vous présentiez des émissions. De quelles émissions radiophoniques s’agissait-il ? B.H.: C’est peut-être une question de génération ! C'est vrai, je suis effectivement journaliste de formation et j'ai commencé ma carrière de journaliste à partir de 1986. Évidemment ceux qui, à l'époque suivaient les informations sont à même d'avoir des souvenirs précis de l'époque. Outre le fait d'avoir tour à tour été rédacteur, reporter, présentateur et chef de service (puisque j'étais rédacteur en chef à la Radiodiffusion nationale avant d'être même le Directeur de la radio), les principales émissions étaient les sessions d'information du Journal parlé. Mais à côté de cela, j'ai eu à produire et à animer une émission culturelle telle que " KOUMAKAN" qui avait un format très particulier parce que c'était une émission de 3h de temps (un samedi sur 2 ) de 9h à midi. En plus de cette émission, je m'étais investi dans une émission de culture et de divertissement qui s'appellait " Challenge au Micro " Art: De part vos fonctions antérieures, le monde de la culture peut se réjouir d’avoir eu un homme qui maîtrise les problèmes culturels. Peut-on dire que vous êtes aujourd’hui l’homme de la situation ? Art: Voilà, vous le dites si bien ; le solutionnement des problèmes culturels viendra de tous les acteurs culturels. Mais en attendant, quel sera « le dossier brûlant » auquel vous allez vous attaquer?
B.H.: A l'heure actuelle, compte tenu du contexte, le dossier brûlant pour reprendre votre expression, c'est de ramener le rythme que ce département avait avant la crise que notre pays vient de traverser. C'est le premier enjeu. Aussi, il est nécessaire de faire en sorte que ce département apporte sa contribution justement à la résolution des crises que nous connaissons. C'est vrai que les gens ne voient que les aspects économiques et politiques, mais quand on y réfléchit, il y a aussi une dimension culturelle qui renferme un certain nombre de valeurs tels le respect, l'honneur, la dignité, la probité, tout ce qui fait le ciment de notre société. C'est tout cela le fondement de la culture. Notre culture comme vous le savez est une culture d'équité, de respect et d'égalité. Si toutes ces valeurs étaient conjuguées au quotidien, il y a beaucoup de crises que nous aurions certainement évitées. Même dans la résolution, les négociations, les entretiens, le dialogue qui a été entretenu avec les différents protagonistes tire sa source de notre culture. Voilà ! C'est pour dire que la culture peut apporter sa contribution à certains phénomènes pour lesquels parfois on oublie. C'est souvent faute de n'avoir pas puisé dans notre profonde âme que certaines choses ont pu peut-être nous échapper. C'est cela qui nous paraît certainement le plus urgent. Ensuite, il nous appartiendra de faire en sorte que la culture et le tourisme puissent véritablement être des leviers pour le développement. A ce titre il faudra qu'on trouve les voix et moyens pour leur permettre de jouer ce rôle par une meilleure organisation. |
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Aujourd'hui dans LE QUOTIDIEN SIDWAYA >
Art: Et le statut des artistes Monsieur le Ministre? A quand son adoption ? B.H.: C'est vrai, c'est un dossier que j'ai trouvé sur la table. Il y a eu assez de concertations à tous les niveaux qui ont abouti à un projet de décret. A l'heure où je vous parle le projet a été acheminé vers certains départements ministériels dont l'implication est nécessaire pour sa mise en œuvre. Je pense notamment au ministère en charge du travail et de la sécurité sociale, du ministère en charge de l'économie et des finances pour leur permettre de réexaminer le texte et de s'assurer que nous pouvons l'adopter au bénéfice des artistes. Voilà, ce sont précisément ces derniers réglages qui restent en attendant bien sûr de pouvoir le soumettre aux plus hautes autorités notamment au chef de gouvernement et pourquoi pas l'examiner en conseil de ministres.
Art : Donc à moins d'un an, quelque chose peut être fait ? B.H.: Oui ! Tout à fait ! A moins d'un an, on nous dira si le texte est bon ou pas ! Il ne s'agit pas de faire un texte qui ne va pas véritablement plaider pour la cause des artistes. En fait, ce n'est pas un secret ! C'est un texte qui va définir la notion d'artiste, les types d'artistes (professionnels ou amateurs), les conditions contractuelles qu'il peut y avoir entre les artistes et les promoteurs culturels, le régime social de l'artiste etc. Comme vous le voyez ce sont des cas qui touchent à la vie de l'artiste. Je dirai même qu'en la matière, ce serait pratiquement une première dans la sous région. Mais je dis qu'il faut avancer avec beaucoup de précautions. Je ne voudrai pas faire de comparaison mais je ne pourrai m'empêcher de penser par exemple à la convention collective qui a été adoptée au niveau des journalistes. Aujourd'hui, cette convention pose quelques petites difficultés dans son application non pas parce que personne n'en voulait mais parce que contrètement, sa mise en œuvre s'avère difficile. C'est pourquoi je dis qu'il faut avancer avec précaution. Il y a beaucoup de choses que les artistes peuvent faire indépendamment du statut. Je suis persuadé que ce statut va régler le rapport entre artiste et producteur et définir la contribution de l'Etat dans l'amélioration de la vie et de ces hommes et de ces femmes qui, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, demeurent les porte-étendards de notre culture; ce sont nos drapeaux. Donc, ils méritent à bien des égards qu'on puisse s'occuper d'eux pendant qu'ils sont encore actifs afin qu'ils puissent décemment vivre de leur art voire vivre de leur métier.
B.H.: Encore une fois, il n'y aura pas de baguette magique parce qu'il y a plusieurs problèmes ! Il y a le problème de la production auquel il faut trouver des ressources pour permettre aux réalisateurs et aux producteurs de faire des films. Ensuite, vous avez le problème de la distribution c'est-à-dire qu'il faut trouver des gens qui vont prendre en charge les produits et les mettre à la disposition des exploitants. Savez-vous qu'aujourd'hui, le Burkina faso est l'un des rares pays où il existe encore des salles ? De manière globale, nous avons une cinquantaine de salles (53 pour être précis) qui sont repertoriées sur l'ensemble du territoire national. Sur ces 53 salles, il n'y a pratiquement que 4 ou 5 qui fonctionnent. Ce qui veut dire qu'il ne s'agit pas seulement de produire mais il faut encore pouvoir distribuer ou exploiter. Pour ce qui est de la production, l'Etat joue sa partition parce qu'il y a dans le cadre du Fonds de promotion et d'extension des activités cinématographiques des fonds qui sont mis à la disposition des producteurs. C'est vrai que ce fonds n'est pas à la hauteur souhaitée mais c'est déjà un pas très important à même de leur permettre de faire des compléments financiers auprès d'autres bailleurs de fonds qui interviennent dans le cinéma et de l'audio visuel du Sud. Au niveau des distributeurs, depuis que la SONACIB n'existe plus, il n'y a plus de monopole au nivau de la distribution et comme il n'ya pas de monopole, il faut donc que les professsionnels de ce secteur s'organisent pour prendre cela en charge. Il en est de même pour l'exploitation; là également, il faudra que les privés s'investissent pour voir comment faire fonctionner les salles. Pour ce qui est de la production, nous avons des propositions sur la manière de gérer l'aide que l'Etat prévoit pour le cinéma. Au niveau des distributeurs, nous sommes disponibles à les accompagner de manière institutionnelle ou sur le plan technique. Enfin, la mise en place d'une billetterie est nécessaire pour les exploitants de salles afin de suivre toute l'économie du cinéma. Art: Dans le cadre toujours de participer à la construction de notre industrie cinématographique, Quelle est selon vous, la stratégie pour inciter nos hommes d’affaires à investir dans la culture ? B.H.: Ecoutez, un homme d'affaire est un homme d'affaire; c'est-à-dire quand il investit, il a besoin d'un retour sur l'investissement. Je crois qu'il faut au niveau des hommes de la culture s'armer de patience afin de pouvoir expliquer que les produits culturels sont aussi rentables que le sucre, le riz ou d'autres produits d'exportation. En fait, il faut que les réalisateurs puissent mettre en confiance l'investisseur en lui présentant cartes sur table ce que l'œuvre peut lui rapporter en retour sur investissement. Il en est de même pour la musique. Je crois qu'il y a surtout un problème d'information. Lorsque vous avez à faire à des opérateurs économiques qui sont plus spécialisés dans l'import –export, il faut au préalable mener un travail de fond. Il faut les convaincre que votre produit peut être rentable et les amener à comprendre que les mêmes risques sur les produits culturels peuvent se trouver aussi au niveau du riz; les risques sont à tous les niveaux. Pour l'instant, je pense qu'on n'a pas encore intériorisé la notion d'industrie culturelle. Cependant, j'ai bon espoir car de plus en plus il y a des opérateurs économiques intellectuels qui se rendront compte qu'ils ont à gagner en diversifiant leur source d'investissement. Hollywood, Nollywood et les flims indous sont des exemples assez édifiants. Il faudra peut –être que les acteurs ou les entrepreneurs culturels prennent le temps de bien monter leur dossier et d'avoir des arguments économiques en face. Mais tant que ce sera des arguments du style "l'image du pays" ou "la révalorisation de la culture", vraiment je m'excuse ! Parce que ce n'est pas le langage que peut comprendre un investisseur.
Art : N'est-ce pas aussi un problème politique. Si aujourd'hui le gouvernement décidait par exemple de prendre des mesures de défiscalisation sur les importations de toute entreprise qui soutient la culture, certainement que les choses auraient changé. Quel est votre avis ? Juillet 2011
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