KUNDE 2012 : Eugène Kunker sacré lauréat !!
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Serge BAMBARA / SMOCKEY |
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Artiste musicien Je suis artiste-musicien burkinabé, arrangeur aussi par déformation professionnelle (rires). A ce jour, j'ai enregistré : * 4 albums En collaboration avec d'autres artistes les Maxi suivants : * "A balles réelles" avec samsk le jah sur la condition des etudiants
... dans l'armée, il faut obéir sans hésitation ni murmure ... Après mon cycle secondaire, je me suis engagé dans l'armée; mais très vite, je me suis rendu compte que l'armée n'était pas mon "truc" parce que je croyais que là-bas au moins, c'était la rigolade, un peu comme dans un camp scout où on se retrouve entre amis pour s'éclater. J'ai découvert que l'armée était plutôt la discipline, l'ordre à obéir sans murmure. Une telle discipline ne pouvait pas me convenir car j'ai toujours préféré l'auto - discipline que celle imposée par une tierce personne. J'ai donc quitté l'armée pour faire des études de l'hôtellerie-restauration. Mais le problème à ce niveau, est qu'aucun client sur le terrain n'est intéressé par vos connaissances antérieures ni par votre savoir faire. Les clients veulent plutôt se faire servir vite, manger vite, payer et partir. Du coup, vous vous sentez inutile, un peu ridicule parce que vous n'avez pas l'impression de servir une grande cause. Vous êtes venu au restaurant pour travailler et non pour autre chose. Pourquoi voulez que les clients cherchent à connaître vos connaissances ? Est-ce par indiscipline que vous avez quitté très tôt les bancs pour l'armée ou pour la restauration?
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Smockey, de la restauration au piano |
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Vous êtes reconnu dans le milieu artiste, sur le plan national et même africain comme étant un artiste musicien engagé. Contrairement à la plupart des artistes qui font des chansons de sensibilisation sur l'excision, sur le mariage forcé, le SIDA etc., vous avez choisi de moraliser la vie publique. Pourquoi une telle option?
" aucun client sur le terrain n'est intéressé par vos connaissances antérieures ni par votre savoir faire... du coup vous êtes frustrés ". Ecoutez ! On ne choisit pas de devenir ceci ou cela. Il faut avoir des certitudes pour savoir qu'on veut devenir ceci ou cela. Or, un artiste n'a pas de certitudes. En ce qui me concerne, j'ai mis du temps pour savoir que j'étais vraiment un artiste. Je n'ai pas été le genre d'enfant qui rêvait d'être policier, ministre, mécano. Moi, jusqu'à un certain âge, je ne savais pas ce que je voulais devenir à tel enseigne qu'on me traitait d'enfant paresseux. En fait, on ne devient pas toujours ce qu'on rêvait d'être. Je suis particulièrement contre ceux qui disent "oui, je suis né avec …" ou " j'ai été touché par la main de … Jusque-là, je ne sais encore si je suis artiste. Par contre, je peux vous dire que je suis plus épanoui quand j'exerce le métier d'artiste parce qu'il y a un challenge pour moi : être libre de créer et rester original. Le meilleur secteur de pouvoir jouir pleinement de cette liberté, c'est le métier d'artiste. Parlant justement de liberté, c'est quoi pour vous, la liberté ? Votre appréciation sur les KORAS qui se sont déroulés au Burkina Faso au cours desquels d'ailleurs vous avez reçu un prix. ? Smockey, l'un des premiers rappeur au Burkina Ce que j'ai apprécié sans faux semblant, c'est d'abord la qualité du podium et de la prestation en général. Pour être honnête, jusqu'ici, il n'y a aucune infrastructure culturelle ni aucune société de la place qui a autant réussi un podium aussi prestigieux de lumière comme celui des KORAS. A la soirée, quand vous arrivez sur l'espace, vous êtes d'abord frappé par le décor, un appartement décoré, millimétré. En plus, une sonorisation à la hauteur avec un éclairage et des effets spéciaux. Je vous dis qu'il y a même des gens qui ont beaucoup plus applaudi les effets spéciaux, qu'aux prestations des artistes. Pour ce qui est de la qualité de la prestation, je n'ai rien à dire. Je crois que c'est même une leçon que les organisateurs des KORAS sont venus donner à nos gars comme pour leur dire : " voilà comment il faut faire quand vous aurez désormais un spectacle à organiser " Ils sont venus nous donner une leçon. Voilà ce que j'ai eu comme bonne impression des KORAS. Pour le reste, c'est un chao total au niveau de l'organisation ! Les choses n'ont été respectées comme prévues. Il y a eu tellement d'improvisations que certains artistes se sont même disputés pour rentrer dans tel ou tel véhicule. J'ai vu personnellement des artistes se battre devant moi à cause des voitures. Moi j'ai rigolé et je leur ai gentiment céder seulement la place. Pire, Il y a eu un problème grave de respect de contrat. Les organisateurs des KORAS ont pris des engagements et en tant que tels, ils se doivent d'honorer cet engagement notamment en payant les cachets aux artistes. Non seulement ils ne paient pas les artistes étrangers qui sont venus jouer mais ils ne paient pas non plus les nationaux que sont Amity Meria et moi-même. Je dis bien qu'aucun de nous n'a été payé par les KORAS. Il serait souhaitable que l'Etat fasse quelque chose pour que nous rentrions dans nos droits et nous rendre ainsi justice. La 10è édition du " KUNDE" c'est pour bientôt. Comme vous le savez, c'est un événementiel à forte coloration musicale comme les KORAS. Quelles suggestions faites-vous aux organisateurs ? Parlez nous brièvement du concours RFI où vous avez été sélectionné en final. Et qu'avez-vous ramené finalement ? Non … le pactole ! Nous voulons parler du pactole. Combien avez-vous eu ? La musique burkinabé, 50 ans après l'indépendance. Mais je dis qu'on a aussi perdu. Nous avons perdu le respect sacré de l'art, de la profession. Tout le monde ne pouvait pas faire la musique. Il fallait pouvoir manier les instruments, rouler sa bosse dans tous les orchestres, le fait même de rentrer en studio n'était pas donné à qui veut. Aujourd'hui, tout est différent avec l'avènement des NTIC. Il suffit seulement de savoir manier un ordinateur et ça y est. Alors, avec un tel environnement, on peut avoir des œuvres de tous les goûts : bonnes comme mauvaises. Ce que je peux dire par rapport à ma génération bien entendu, nous avons gagné en professionnalisme. Avant, on ne pouvait pas être artiste à succès sans être adulé par le politique, par les autorités administratives. Même sous la révolution, il fallait faire parti des petits chanteurs aux poings levés pour pouvoir jouer à l'extérieur. C'est l'époque des CISSE Abdoulaye et autres Issouf COMPAORE . Aujourd'hui, un artiste n'a pas besoin d'être plébicité par qui que ce soit pour réussir sa carrière. Rien ne vous oblige à vous "politiser " pour réussir. Le second avantage, les artistes sont aujourd'hui entourés de managers; ce qui n'était le cas, il y a 40 – 50 ans. Je dois dire en passant et sans fausse modestie, que c'est nous les rappeurs qui avions amené cet esprit de travailler avec ses managers. Il en est de même de l'organisation des conférences de presse et de l'augmentation des cachets. Maintenant, si aujourd'hui les artistes écrivent et chantent ce qu'ils veulent et que malgré tout, il y a des gens qui applaudissent, c'est qu'à quelque part ça fonctionne bien. Les gens aujourd'hui sont tellement persuadés qu'ils connaissent tout qu'ils n'ont plus rien à apprendre. Je vous cite l'exemple de cet étudiant qui me disait un jour que son savoir était déjà à près de 80%. Vous comprenez ! Ce qui veut qu'il ne lui reste plus que 20 % pour tout savoir dans ce monde. La pauvreté des textes ou du contenu des chansons sont peut-être liés au niveau de l'artiste aussi. Les textes de CISSE Abdoulaye des années 70 par exemple ne sont pas à comparer avec les textes de certains musiciens d'aujourd'hui. Le niveau des élèves en français a beaucoup baissé. Prenez par exemple un niveau lycéen (BEPC) des années 70 et un niveau étudiant de Bac + 4 ans, le niveau en français du lycéen (BEPC) lave l'étudiant de BAC + 4 "aller-retour". Mais encore une fois, je le répète, nous n'avons que le public comme mérite. Chaque public a l'artiste qu'il mérite. C'est le public qui conditionne et qui façonne son artiste. Si un artiste fait sortir un concept et que le public l'adopte, eh bien ! Ce serait cette formule que l'artiste va exploiter parce qu'il aura compris que c'est ça la formule de son succès. Donc, le public aura fabriqué un artiste qui ne chantera que la formule adoptée par son public. Par contre, il y a des artistes qui refusent de se laisser influencer par le public. Contrairement au premier cas, c'est l'artiste qui crée et le public doit suivre. L'artiste doit pouvoir influencer et amener le public à adopter son style consciemment ou involontairement. Un créateur c'est comme ça; c'est quelqu'un qui doit créer et les autres doivent suivre. Sinon, à partir du moment où c'est le public qui vous modèle parce qu'il veut s'amuser et vous accepter justement de l'amuser en suivant sa volonté, c'est bien ! Ça marchera un certain temps. Mais attention, il n' y a pas plus insaisissable qu'un public et plus opportuniste qu'un public ! . Aujourd'hui, le public veut du "chou gras", vous arrivez à lui fournir son chou gras; demain, il vous demande du "benga", vous n'arrivez pas à le lui fournir, mais il fout le camp et il va chercher quelqu'un d'autre. Je crois qu'il faut rester original; c'est-à-dire que si je fais du "benga", je ne servirai que du benga. Qu'il pleuve ou qu'il vente, mon "benga" est là. Et si vous demeurez le meilleur dans la préparation du "benga", le public, tôt vous tard vous reviendra. Il faut que les burkinabé prennent conscience qu'ils ont d'abord une musique sur toute la chaîne (du concepteur jusqu'au consommateur). Aussi, que l'artiste musicien soit moins reproductif des nouvelles tendances. Par contre, je les invite à plus de créativité, plus de confiance en soi et plus de consommation des productions burkinabé. Je crois que chacun de nous doit avoir des convictions. C'est du moins ce que j'ai appris jusque-là dans la vie. Quand on n'a pas de conviction, on n'ira nulle part. La manager Walib BARRA aime citer "la conviction se meurt lorsque rien ne nourrit son quotidien". Je dis que c'est faux ! Au contraire, c'est ceux qui n'ont pas de conviction qui se laissent ébranler par les points de vue d'autrui. Quand on est convaincu de quelque chose, plus rien ne se sfera au hasard, vous avancez avec objectivité et en connaissance de cause. Comme je le disais tantôt, si vous avez la conviction, qu'il pleuve ou qu'il vente, on reviendra manger votre "benga".
Décembre 2010
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