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Serge BAMBARA / SMOCKEY
 

Artiste musicien

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Je suis artiste-musicien burkinabé, arrangeur aussi par déformation  professionnelle (rires). A ce jour, j'ai enregistré :

* 4 albums

En collaboration avec d'autres artistes les Maxi suivants :

* "A balles réelles" avec samsk le jah sur la condition des etudiants


* "Votez pour moi" pour les elections de 2006


 * "AURA" les histoires extraordinaires des enfants du poto poto, pour le droit des enfants


 * "Pesident d'afrique" avec Awadi


j'ai démarré le HI-POP dans les années 88-89 à l'époque où les rappeurs se comptaient sur les 5 doigts.
Sans gêne, je peux même être très précis si cela n'allait pas créer des frustrations. Mais à l'époque, c'était encore de l'amateurisme  puisqu'on le faisait surtout par passion; il  n'y avait pas de sérieux; peut - être qu'on n'était pas très bon aussi. Mais , je suis  l'un des premiers burkinabé à "rapper" en français . A cette époque, nous "rappions " tous en phonétique anglaise.
J'ai choisi de chanter  dans ce style pour paraître plus original. J'ai été vraiment surpris de savoir que les gens s'intéressaient beaucoup à mon style; ce qui veut dire qu'ils décryptent et comprennent  aisément le message. C'est là que je me suis rendu aussi compte  et pour la première fois, de ce que pouvait être la force d'un message. Jusque-là,  on ne s'intéressait seulement qu'à la forme, on imitait les rappeurs américains, on ne s'intéressait qu'à la musique qui était derrière. Mais on ne se rendait pas compte que les paroles avaient du pouvoir et  qu'elles pouvaient changer les gens et influencer les comportements des uns et des autres. Mais après tout,  il fallait gagner sa vie. 
Ceci dit, j'ai fréquenté les écoles "PASPANGA B-C", l'école de "LA VOLTA"  (actuel plateau), l'école "KINDE OMAR", le lycée Philippe ZINDA KABORET et le lycée " BOGODOGO".

... dans l'armée, il faut obéir sans hésitation ni murmure ...

Après mon cycle secondaire, je me suis engagé dans l'armée;  mais très vite, je me suis rendu compte que l'armée n'était pas mon "truc" parce que je croyais que là-bas au moins, c'était la rigolade, un peu comme dans un camp scout où on se retrouve entre amis pour s'éclater. J'ai découvert que l'armée était plutôt la discipline, l'ordre à obéir sans murmure. Une telle discipline ne pouvait pas me convenir car j'ai toujours préféré l'auto - discipline que celle imposée par une tierce personne. J'ai donc quitté l'armée pour faire des études de l'hôtellerie-restauration. Mais le problème à ce niveau, est qu'aucun client sur le terrain n'est intéressé par vos connaissances antérieures ni par votre savoir faire. Les clients veulent plutôt se faire servir vite, manger vite, payer et partir. Du coup, vous vous sentez inutile, un peu ridicule parce que vous n'avez pas l'impression de servir une grande cause.

Vous êtes venu au restaurant pour travailler et non pour autre chose. Pourquoi voulez que les clients cherchent à connaître vos connaissances ?
Non ! Vous êtes embauché pour votre savoir faire.  Vous êtes donc un personnel compétent que le client peut interpeler pour vous demander conseils parce qu'il sait que vous avez une science qu'il n'en a pas. Souvent, vous êtes même mieux payés par vos pourboires que par  votre salaire du fait que les gens apprécient bien vos conseils et votre savoir-faire. Si vous voulez, la restauration a un rythme infernal. C'est un milieu où vous travaillez pendant que les autres se reposent et inversement, c'est pendant que les autres s'amusent que vous travaillez. Tout compte fait, le restaurent m'a servi de tremplin pour la vie active. Cette discipline que les parents ont voulu que j'acquiers dans l'armée, je l'ai obtenue de moi-même en autodidacte.

Est-ce par indiscipline que vous avez quitté très tôt les bancs pour l'armée ou pour la restauration?
Non, je n'ai pas quitté très tôt l'école. Ecoutez ! L'école est intéressante à partir du moment où vous y puisez une certaine forme d'assurance de la vie. Aujourd'hui, il me semble que l'enseignement est inadapté à nos réalités. Aujourd'hui, non seulement l'enseignement est inadapté mais l'école peut même contribuer à votre déchéance intellectuelle si vous ne cherchez pas aller au delà des connaissances acquises à l'école. Notre système éducatif n'a pas beaucoup évolué en 30 ou 40 ans; nous sommes toujours à l'ancien système français. Mais j'avoue que ce n'est pas du tout cela qui m'a fait quitter les bancs. J'avais envie de créer quelque chose d'original propre à moi.


 Email : smockeyabazon@yahoo.fr

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"Contrairement à ce qu'on dit, "la liberté n'est pas de faire ce qu'on veut et quand on veut". Ça, c'est le dictateur qui parle généralement comme ça. .."

 

"Je dis bien qu'aucun de nous n'a été payé par les KORAS. Il serait souhaitable que l'Etat fasse quelque chose pour que nous rentrions dans nos droits et nous  rendre ainsi  justice..."

 

"J'ai vu personnellement des artistes  se battre devant moi à cause des voitures qui devaient les amener aux KORAS. Moi j'ai rigolé et je leur ai gentiment céder seulement la place..."

 

" Il faut que les burkinabé prennent conscience qu'ils ont d'abord une musique sur toute la chaîne (du concepteur jusqu'au consommateur)..."

 

 

 

 

 

 

 

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Smockey, de la restauration au piano
 

Vous êtes reconnu dans le milieu artiste, sur le plan national et même africain comme étant un artiste musicien engagé. Contrairement à la plupart des artistes qui font des chansons de sensibilisation sur l'excision, sur le mariage forcé, le SIDA etc.,  vous avez choisi de moraliser la vie publique. Pourquoi une telle option?


" aucun client sur le terrain n'est intéressé par vos connaissances antérieures ni par votre savoir faire... du coup vous êtes frustrés ".

Ecoutez ! On ne choisit pas de devenir ceci ou cela. Il faut avoir des certitudes pour savoir qu'on veut devenir ceci ou cela. Or, un artiste n'a pas de certitudes. En ce qui me concerne, j'ai mis du temps pour savoir que j'étais vraiment un artiste. Je n'ai pas été le genre d'enfant qui rêvait d'être policier, ministre, mécano. Moi, jusqu'à un certain âge, je ne savais pas ce que je voulais devenir à tel enseigne qu'on me traitait d'enfant  paresseux. En fait, on ne devient pas toujours ce qu'on rêvait d'être. Je suis particulièrement contre ceux qui disent "oui, je suis né avec …"  ou " j'ai été touché par la main de … Jusque-là, je ne sais encore si je suis artiste. Par contre, je peux vous dire que je suis plus épanoui quand j'exerce le métier d'artiste parce qu'il y a un challenge pour moi : être libre de créer et rester original. Le meilleur secteur de pouvoir jouir pleinement de cette liberté, c'est le métier d'artiste.

Parlant justement de liberté, c'est quoi pour vous, la liberté ?
La liberté c'est quoi ? Contrairement à ce qu'on dit, "la liberté n'est pas de faire ce qu'on veut et quand on veut". Ça, c'est le dictateur qui parle généralement comme ça. Celui qui veut vous opprimer, vous dit que la liberté "ce n'est pas de faire ce qu'on veut et quand on veut". Mais si la liberté n'est pas ça,  c'est quoi donc ?. Pour moi, La liberté, c'est avoir la possibilité de dire ce qu'on veut, de penser comme on veut et de faire ce qu'on veut. Cependant, il y a quand même des contraintes. Comme on le dit, la liberté des uns commence où s'arrête la liberté des autres. Evidemment, si vous saper la liberté d'autrui dans l'expression de votre liberté, en ce moment, il y a problème parce que vous n'aimeriez pas être à sa place.

Votre appréciation sur les KORAS qui se sont déroulés au Burkina Faso au cours  desquels  d'ailleurs vous avez reçu un prix. ? 

Smockey, l'un des premiers rappeur au Burkina

Ce que j'ai apprécié sans faux semblant, c'est d'abord la qualité du podium et de la prestation en général. Pour être honnête, jusqu'ici, il n'y a aucune infrastructure culturelle ni aucune société de la place qui a autant réussi un podium aussi prestigieux de lumière comme celui des KORAS. A la soirée, quand vous arrivez sur l'espace, vous êtes d'abord frappé par le décor, un appartement décoré, millimétré. En plus, une sonorisation à la hauteur avec un éclairage et des effets spéciaux. Je vous dis qu'il y a même des gens qui ont beaucoup plus applaudi les effets spéciaux, qu'aux prestations des artistes. Pour ce qui est de la qualité de la prestation, je n'ai rien à dire. Je crois que c'est même une leçon que les organisateurs des KORAS sont venus donner à nos gars comme pour leur dire : " voilà comment il faut faire quand vous aurez désormais  un spectacle à organiser " Ils sont venus nous donner une leçon. Voilà ce que j'ai eu comme bonne impression des KORAS.

Pour le reste, c'est un chao total au niveau de l'organisation ! Les choses n'ont été respectées comme prévues.  Il y a eu tellement d'improvisations que certains artistes se sont même disputés pour rentrer dans tel ou tel véhicule. J'ai vu personnellement des artistes  se battre devant moi à cause des voitures. Moi j'ai rigolé et je leur ai gentiment céder seulement la place.

Pire,  Il y a eu un problème grave de respect de contrat. Les organisateurs des KORAS ont pris des engagements et en tant que tels, ils se doivent d'honorer cet engagement notamment en payant les cachets aux artistes. Non seulement ils ne paient pas les artistes étrangers qui sont venus jouer mais ils ne paient pas non plus les nationaux que sont Amity Meria et moi-même. Je dis bien qu'aucun de nous n'a été payé par les KORAS. Il serait souhaitable que l'Etat fasse quelque chose pour que nous rentrions dans nos droits et nous  rendre ainsi  justice.

La 10è édition du " KUNDE" c'est pour bientôt. Comme vous le savez, c'est un événementiel à forte coloration musicale comme les KORAS. Quelles suggestions faites-vous aux organisateurs ?
Ce serait trop prétentieux de dire au Commissaire Général du " KUNDE", à Jah PRESS, "fais comme- ci , fais comme ça" !. Peut-être, c'est de répéter ce que j'avais déjà dit à Papus et à Jah PRESS lui-même. Il faut que le commissariat du " KUNDE" soit plus exigent. Après tout, il veut faire des artistes burkinabés des stars; et quand on veut faire des stars, il faut bien mettre du prix. Plus les artistes sont stars, plus l'évènement est star aussi.

Parlez nous brièvement du concours RFI où vous avez été sélectionné en final.
Oui je faisais parti des 8 finalistes retenus par RFI. C'était déjà un exploit à mon sens. Finalement, c'est un Ougandais qui a été retenu. Comment ça se passe ? Sur les 10 finalistes, RFI sélectionne 3 artistes qui vont aller prester. C'est à l'issue de cette prestation, qu'on va décider qui est le prix de la découverte RFI. Mais cette année, ils ne sont pas passés par des sélections. Ils ont désigné directement sur les 10 finalistes l'artiste finaliste à recevoir le prix découverte RFI. C'était vraiment étonnant. C'est un jury qui décide et le vote du public ne compte que pour 15% contre 85% pour le jury.

Et qu'avez-vous ramené finalement ?
Oui ça m'a fait une belle promotion opérationnelle. C'est tout ! J'ai eu des témoignages de sympathies, de nombreux messages d'encouragement.

Non … le pactole ! Nous voulons parler du pactole. Combien avez-vous eu ?
Oh… le pognon, rien ! Si c'est de l'argent que vous voulez parler, je pense qu'il y a des combats qui ne valent pas la peine d'être menés. Même le Monsieur qui a remporté le prix découverte RFI, n'a eu qu'une bourse de 7000 euros et un album à finaliser. Mais il faut retenir que ce n'est pas l'argent qui  importe. Un prix fait toujours plaisir parce qu'il récompense une carrière. De toutes les façons les professionnels savent que la vraie scène se passe toujours derrière la scène. 

La musique burkinabé, 50 ans après l'indépendance.
La musique a évolué forcément. Il y a 50 ans de cela, on n'avait pas toutes les facilités que nous avons aujourd'hui : numériques, facilité d'entrer en studio, facilité de pirater, le BBDEA, internet, l'internationalisation des messages parce qu'en une journée, grâce aux nouvelles technologies, on peut faire connaître quelqu'un dans le monde entier. C'est possible par les médias.

Mais je dis qu'on a aussi perdu. Nous avons perdu le respect sacré de l'art, de la profession. Tout le monde ne pouvait pas faire la musique. Il fallait pouvoir manier les instruments, rouler sa bosse  dans tous les orchestres, le fait même de rentrer en studio n'était pas donné à qui veut. Aujourd'hui, tout est différent avec l'avènement des NTIC. Il suffit seulement de savoir manier un ordinateur et ça y est. Alors, avec un tel environnement, on peut avoir des œuvres de tous les goûts : bonnes comme mauvaises.

Ce que je peux dire par rapport à ma génération bien entendu, nous avons gagné en professionnalisme. Avant, on ne pouvait pas être artiste à succès sans  être adulé par le politique, par les autorités administratives. Même sous la révolution, il fallait faire parti des petits chanteurs aux poings levés pour pouvoir jouer à l'extérieur. C'est  l'époque des CISSE Abdoulaye et autres Issouf  COMPAORE . Aujourd'hui, un artiste n'a pas besoin d'être plébicité par qui que ce soit  pour réussir sa carrière. Rien ne vous oblige à vous "politiser " pour réussir. Le second avantage, les artistes sont aujourd'hui entourés de managers; ce qui n'était le cas, il y a 40 – 50 ans. Je dois dire en passant et sans fausse modestie, que c'est nous les rappeurs qui avions  amené cet esprit de travailler avec ses managers. Il en est de même de l'organisation des conférences de presse et de l'augmentation des cachets. Maintenant, si aujourd'hui les artistes écrivent et chantent ce qu'ils veulent et que malgré tout, il y a des gens qui applaudissent, c'est qu'à quelque part ça fonctionne bien. Les gens aujourd'hui sont tellement persuadés qu'ils connaissent tout qu'ils n'ont plus rien à apprendre. Je vous cite l'exemple de cet étudiant qui me disait un jour que son savoir était déjà à près de 80%. Vous comprenez ! Ce qui veut qu'il ne lui reste plus que 20 % pour tout savoir dans ce monde. La pauvreté des textes ou du contenu des chansons sont peut-être liés au niveau de l'artiste aussi. Les textes de CISSE Abdoulaye des années 70 par exemple ne sont pas à comparer avec les textes de certains musiciens d'aujourd'hui. Le niveau des élèves en français a beaucoup baissé. Prenez par exemple un niveau lycéen (BEPC) des années 70 et un niveau étudiant de Bac + 4 ans, le niveau en français du lycéen (BEPC) lave l'étudiant de BAC + 4 "aller-retour".

Mais encore une fois, je le répète, nous n'avons que le public comme mérite. Chaque public a l'artiste qu'il mérite. C'est le public qui conditionne et qui façonne son artiste. Si un artiste fait sortir un concept et que le public l'adopte, eh bien ! Ce serait cette formule que l'artiste va exploiter parce qu'il aura compris que c'est ça la formule de son succès. Donc, le public aura  fabriqué un artiste qui ne chantera que la formule adoptée par son public. Par contre, il y a des artistes qui refusent de se laisser influencer par le public. Contrairement au premier cas, c'est l'artiste qui crée et le public doit suivre. L'artiste doit pouvoir influencer et amener le public à adopter son style consciemment ou involontairement. Un créateur c'est comme ça; c'est quelqu'un qui doit créer et les autres doivent suivre. Sinon, à partir du moment où c'est le public qui vous modèle parce qu'il veut s'amuser et vous accepter justement de l'amuser en suivant sa volonté, c'est bien ! Ça marchera un certain temps. Mais attention, il n' y a pas plus insaisissable qu'un public et plus opportuniste qu'un public ! . Aujourd'hui, le public veut du "chou gras", vous arrivez à lui fournir son chou gras; demain, il vous demande du "benga", vous n'arrivez pas à le lui fournir, mais il fout le camp et il va chercher quelqu'un d'autre. Je crois qu'il faut rester original;  c'est-à-dire que si je fais du "benga", je ne servirai que du benga. Qu'il pleuve ou qu'il vente, mon "benga" est là. Et si vous demeurez le meilleur dans la préparation du "benga", le public, tôt vous tard vous reviendra.

Il faut que les burkinabé prennent conscience qu'ils ont d'abord une musique sur toute la chaîne (du concepteur jusqu'au consommateur). Aussi, que l'artiste musicien soit moins reproductif des nouvelles tendances. Par contre, je les invite à plus de créativité, plus de confiance en soi et plus de consommation des productions burkinabé.

Je crois que chacun de nous doit avoir des convictions. C'est du moins ce que j'ai appris jusque-là dans la vie. Quand on n'a pas de conviction, on n'ira nulle part. La manager Walib BARRA aime citer  "la conviction se meurt lorsque rien ne nourrit son quotidien". Je dis que c'est faux ! Au contraire, c'est ceux  qui n'ont  pas de conviction qui se laissent ébranler par les points de vue d'autrui. Quand on est convaincu de quelque chose, plus rien ne se sfera au hasard, vous avancez avec objectivité et en connaissance de cause. Comme je le disais tantôt, si vous avez la conviction, qu'il pleuve ou qu'il vente, on reviendra manger votre "benga".

 

Décembre 2010

 

 

 

 

 

 
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